Sans-papiers, sans adresse, sans souffle
quand l’administration fabrique la rue
Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 12 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025
Date d’enregistrement :
Mercredi 17 décembre 2025,Horaire :16h00 – 18h00
Animation / Intervention principale :Laurent Fremal
Viva les Droits (épisode 12) — Statut administratif, sans-abrisme, sans-chez-soi, sans-papiers
Dans l’“aquarium” improvisé en studio, à Namur, Radio Solidarité termine trois jours intenses de Viva les Droits avec un sujet qui colle à la peau et qui colle aux semelles : le statut administratif — et ce qu’il déclenche quand il manque, quand il bascule, quand il se complique. Autour de la table, ils sont nombreux parce que le réel est vaste : Olivier Hissette (Relais Social Urbain Namurois), Nicolas Contor (CRILUX), Camille (ligne 1718), Olivier (RWLP & SALSA) et Noé Broé (L’Ilot). Tous parlent de la même chose, avec des mots différents : la rue n’arrive pas d’un coup, elle s’installe par couches. Et, très souvent, elle commence par une feuille manquante.
De “sans-abri” à “sans-chez-soi” : un mot qui change tout
On entend encore “SDF”, “clodo”, “clochard”. Ce vocabulaire-là colle à une image : quelqu’un sous un pont, visible, immobile, “à part”. Or ce que les intervenants rappellent, c’est que la réalité est beaucoup plus large — et souvent invisible. Le terme sans-chez-soi ne décrit pas seulement l’absence d’un toit : il dit l’absence d’un endroit où l’on est en sécurité, où l’on peut fermer une porte, où l’on peut exister sans demander la permission.
Parce qu’un abri, ce n’est pas un chez-soi. Une institution peut protéger du froid, nourrir, héberger, cadrer… mais elle ne remplace pas ce sentiment simple et fondamental : “ici, je suis chez moi”. Le débat l’exprime avec une image qui fait sourire, avant de piquer : chez soi, c’est aussi l’endroit où l’on peut vivre sans être sous surveillance permanente — où la liberté ne se négocie pas contre une charte, une file d’attente, une heure de rentrée, une interdiction de sortir, une règle qui, parfois, ne tient pas compte de la survie.
Namur, 246 personnes… et un choc collectif
Les chiffres tombent, et ils n’ont rien d’abstrait. À Namur, le dénombrement de 2021 établissait 246 personnes en situation de sans-chez-soi — un chiffre qui a surpris, parce qu’il a “quantifié” ce que le terrain savait déjà, sans mesurer l’ampleur. En 2024, la hausse est encore là : +8%. À l’échelle de l’arrondissement, on parle d’environ 2 000 personnes, dont un quart d’enfants : pas forcément dans la rue, mais pris dans une précarité extrême, ballottés avec des parents qui n’ont plus de stabilité.
Et au milieu de ce tableau, une nuance essentielle : quand on observe les personnes accompagnées dans des dispositifs comme le Housing First (celles qui ont connu plus de deux ans de rue, avec souffrances lourdes, santé mentale, assuétudes), il y a eu une diminution. Preuve que l’accompagnement fonctionne. Mais le constat global reste brutal : pendant que certaines situations s’améliorent grâce au travail acharné des équipes, la précarité s’étend et recrute de nouveaux visages.
La rue ne “se choisit” pas : elle s’impose
Une idée revient, tenace, dans les discours publics : “ils choisissent la rue”. Autour de la table, la réponse est nette : si ce “choix” est parfois verbalisé, il est le plus souvent induit. Refuser un abri de nuit peut être un acte de survie, pas un caprice. Parce que certains lieux ont été vécus comme dangereux : vols, violences, agressions. Parce que des règles trop rigides peuvent rendre la nuit impossible. Parce que la communauté, quand elle est subie, peut devenir une prison.
Un point glace l’air : la question des femmes. Les chiffres évoqués rappellent que la rue n’a pas le même prix selon qu’on est un homme ou une femme. On parle d’une présence féminine en rue importante, mais d’une présence beaucoup plus faible en abri de nuit — comme si la “solution” proposée n’était pas vécue comme une protection, mais comme un risque. Là, ce n’est plus de philosophie : c’est de la sécurité immédiate.
Maison d’accueil : toit provisoire, communauté forcée
Du côté de L’Ilot, on le dit sans détour : les maisons d’accueil sont souvent des lieux transitoires, avec des règles, des réunions, des obligations, une vie collective que les personnes ne choisissent pas. Pour certains publics, ce modèle est “obsolète” parce qu’il maintient une logique de contrôle là où les personnes ont besoin d’abord de stabilité, d’intimité, de pouvoir se reconstruire à leur rythme.
Et la discussion touche un nœud : on ne sort pas de la précarité uniquement avec un lit. On sort de la précarité avec de la continuité, du soin, du temps, et surtout un accompagnement qui évite la rechute administrative.
Adresse de référence : le point de bascule entre exister et disparaître
À un moment, tout se cristallise sur une notion qui paraît banale pour quelqu’un “en ordre” : l’adresse. Et pourtant, dans l’émission, elle devient une frontière entre l’existence et l’effacement.
La ligne 1718 le décrit au quotidien : une personne perd son logement, se fait parfois radier sans même le savoir — parce que l’avertissement arrive… à l’ancienne adresse. Ensuite, les conséquences s’enchaînent : plus d’adresse = carte d’identité invalidée, accès bancaire compliqué voire impossible, difficultés à percevoir un revenu, impossibilité de retrouver un emploi, impossibilité de louer. Ce n’est pas seulement une galère : c’est une mort administrative. On n’existe plus dans les registres, donc on n’existe plus dans les droits.
Et l’ironie tragique, c’est que l’adresse de référence, censée être une aide, devient un parcours d’obstacles : enquêtes, contrôles, délais, conditions variables. Certaines pratiques demandent même aux personnes de prouver qu’elles sont “bien en rue” sur une commune, comme si la misère devait être certifiée avec des justificatifs. Ici, l’absurde surgit dans un exemple cité : demander des preuves de présence, parfois des tickets, des attestations, des traces… à quelqu’un dont la réalité est précisément de ne plus avoir de traces stables.
Un pays, des communes, des règles… et des versions différentes du même droit
Le 1718 le dit avec une fatigue lucide : la Wallonie est vaste, les pratiques varient énormément. Un même droit peut être appliqué de manière très différente selon la commune, le CPAS, le service, l’assistant social, la lecture locale des circulaires. Cela crée un phénomène destructeur : l’incertitude. On ne sait jamais si l’information donnée au téléphone tiendra face au guichet. On ne sait jamais si le dossier sera reçu de la même manière “à côté”. Et cette variabilité a un effet violent : elle oblige les personnes à recommencer, à se justifier, à s’épuiser — et elle épuise aussi les professionnels qui doivent être à la fois juristes, médiateurs, techniciens, psychologues, détecteurs de failles.
Dans ce chaos, la discussion pointe un paradoxe : la simplification administrative, on la promet pour les institutions. Mais ceux qui vivent l’administration de plein fouet — les premiers concernés — restent enfermés dans un labyrinthe.
Sans papiers, sans accueil : quand l’État de droit décroche
Le statut administratif, ce n’est pas seulement “des papiers”. C’est le droit d’être là, d’être protégé, d’être accueilli. Nicolas (CRILUX) rappelle une réalité lourde : la Belgique a été condamnée des milliers de fois pour refus d’accueil. Concrètement, cela signifie qu’une personne qui demande protection peut se retrouver sans place, donc à la rue, donc exposée — et que cette pression retombe ensuite sur des structures déjà saturées.
Et quand la solidarité citoyenne s’organise (hébergements, soutien), une autre inquiétude monte : la peur des visites domiciliaires et de la criminalisation de l’hébergement. Le débat pose une question qui fait mal : est-ce qu’on va finir par rendre la solidarité suspecte ? En stigmatisant les hébergeurs, on ne protège pas la société : on isole davantage ceux qui n’ont déjà plus rien.
“Ils doivent être plus blancs que blanc” : la violence institutionnelle
Une phrase traverse l’émission comme une lame : plus on est fragile, plus on doit prouver. Prouver qu’on est assez pauvre. Prouver qu’on est assez “en ordre”. Prouver qu’on mérite de recevoir une aide minimale. Et cette exigence permanente n’est pas neutre : elle devient une violence institutionnelle.
C’est une violence qui s’ajoute à la violence du regard, de la rue, des agressions, des humiliations. Et quand une personne craque au guichet, on retient souvent uniquement l’explosion, pas tout ce qui l’a précédée : l’attente, les documents impossibles, les refus, les “revenez demain”, les courriers jamais reçus, les contrôles, la fatigue, la peur.
Sortir de la rue… et retomber : le piège des dettes, des huissiers, du passé
L’émission aborde une étape qu’on oublie souvent : le moment où ça va (un peu) mieux. On trouve un logement, on se stabilise, on respire. Et puis le passé revient comme un boomerang : dettes anciennes, huissiers, procédures, rappels, justice. Ce retour du stress peut faire rechuter, parce qu’il casse la reconstruction au moment où elle commence à tenir.
Olivier en témoigne de l’intérieur : reprendre une vie “normale” peut signifier reprendre aussi la charge des arriérés, des obligations, des dossiers. Et tout le monde n’a pas les épaules pour encaisser ça en plus du reste. D’où une revendication évoquée : l’idée d’un moratoire sur certaines dettes, pour laisser le temps aux personnes de se rétablir avant de relancer la machine à sanctions.
Travailleurs pauvres : quand le boulot ne protège plus
Autre point important : la précarité n’est plus réservée à ceux qui n’ont pas d’emploi. Le 1718 constate de plus en plus de personnes qui travaillent et pourtant n’arrivent pas à payer, s’endettent, perdent leur logement. Loyers, énergie, coût de la vie : la mécanique est connue, mais la conséquence choque encore. Le travail ne suffit plus à garantir un toit. Et quand le logement tombe, tout le reste suit.
Les professionnels au front : “laissez-nous au moins en sauver un”
Il y a un moment très fort : l’image de travailleurs sociaux qui tentent de stabiliser une personne, et qui voient un nouveau problème administratif la faire replonger. Une impression de guerre d’usure : chaque victoire est fragile, chaque avancée peut être annulée par une lettre, un contrôle, une règle, un délai. Cette fatigue-là, on l’entend chez les professionnels, mais on l’entend aussi chez les personnes qui vivent la rue : l’impression que rien n’est simple, que tout se paie, que tout se prouve.
Et pourtant, malgré la dureté des constats, le plateau ne cède pas au cynisme. Il insiste sur une idée centrale : investir dans l’accompagnement, c’est éviter des coûts immenses plus tard. Stabiliser, c’est économiser. Abandonner, c’est payer plus cher — en urgence, en hospitalisations, en police, en détresse, en dégâts humains.
La fin de Viva les Droits : une parole de rue, un miroir de société
La dernière séquence fait sortir le débat du studio. Dans la rue, des gens lâchent des phrases brutes : “les droits, il y en a de moins en moins”, “tout est à deux vitesses”, “Internet ne suffit pas, il faut un humain”. Ces paroles ne sont pas des statistiques. Ce sont des signaux. Et elles rejoignent exactement ce que l’émission a montré : l’accès aux droits, ce n’est pas qu’une loi — c’est une porte. Et si la porte est trop lourde, trop lointaine, trop numérisée, trop contrôlée, alors le droit existe sur papier… mais pas dans la vie.
Ce qu’on retient : un droit n’est pas une épreuve
Cet épisode de clôture dit une chose très simple, et très difficile : dans une société digne, les droits ne devraient pas ressembler à une épreuve d’endurance. On ne devrait pas devoir démontrer son malheur pour mériter une aide minimale. On ne devrait pas devoir “prouver qu’on existe” pour recevoir son courrier. On ne devrait pas risquer la rue parce qu’une démarche a été digitalisée, parce qu’un document a disparu, parce qu’un guichet a changé d’interprétation.
Sans statut, sans adresse, sans accueil, on fabrique mécaniquement du sans-chez-soi. Et quand on fabrique du sans-chez-soi, on ne fabrique pas seulement de la pauvreté : on fabrique de l’insécurité, de l’errance, de la maladie, de la méfiance, du décrochage démocratique.
Viva les Droits se termine sur une énergie paradoxale : la fatigue est totale, mais la conclusion est claire. Ne rien lâcher. Défendre les droits, c’est défendre du concret : un toit, une existence administrative, un accueil, un accompagnement, un accès à la santé, un accès à la dignité. Et c’est refuser qu’un droit devienne un privilège réservé à ceux qui savent remplir les formulaires.
Écouter le podcast
Retrouvez l’épisode “Statut administratif / sans-abrisme / sans-papiers” dans la série Viva les Droits sur Radio Solidarité, et partagez-le : parce que ces sujets ne sont pas des “cas sociaux”, ce sont des choix de société.
Laurent Frémal
Retour vers le futur !!!
Embarquez pour un voyage culinaire à Hill Valley avec ces croustillants de gambas dorés et leur sauce aux piments doux maison. Une recette rétro-futuriste inspirée du mythique bal de la “Féerie Dansante”, où Marty fait vibrer la scène sur Johnny B. Goode. Entre croquant, douceur et épices légères, une entrée qui réveille les papilles et replonge dans la magie des années 50 !
Quand le cinéma devient une arme de paix
Jour 3 du FIFF – 23ᵉ article Radio Solidarité
Avec Muganga – Celui qui soigne, Marie-Hélène Roux signe un film d’une intensité rare, inspiré du combat du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix.
Entre douleur et dignité, ce récit bouleversant transforme le cinéma en arme pacifique contre le silence.
Debout, le public namurois a salué cette œuvre engagée qui soigne les consciences autant qu’elle bouscule les cœurs.
L’art de la trempette
Inspirée du film culte New York-Miami de Frank Capra, cette recette célèbre la scène mythique du petit-déjeuner où Ellie découvre “l’art de la trempette”.
Moelleux, dorés et parfumés à l’orange, ces beignets maison se savourent avec un café, entre douceur et nostalgie d’un cinéma plein de charme. Une recette à déguster… comme un coup de foudre !
On vous croit,
Avec ses décors simples et ses gros plans sur les visages, il nous plonge au cœur du système judiciaire, dans la lenteur des procédures et la fragilité des paroles.
Chaque silence pèse, chaque regard devient un cri étouffé.
On y lit la peur, la colère, la fatigue.
Une œuvre forte et nécessaire qui met en lumière une violence psychologique invisible, tout en questionnant notre capacité à croire, à écouter et à comprendre.
Un film lent, sobre, mais profondément humain.
“Le Tour du monde en 80 jours”
Le tour des recettes du cinéma continue sur Radio Solidarité !
Aujourd’hui, on se régale avec une recette inspirée du grand écran — un plat emblématique qui a marqué les papilles et les cœurs des cinéphiles.
Entre culture et gourmandise, cette rubrique vous invite à (re)découvrir un film à travers sa saveur la plus célèbre.
Un cri doux pour la Terre et pour nos enfants
Deuxième jour du FIFF, et déjà une belle claque poétique.
Avec Animal Totem, Benoît Delépine signe un conte écologique et solidaire.
Un film pour la Terre, pour nos enfants, et pour un autre regard sur l’avenir.
Les Baronnes ouvrent le 40e FIFF
Trois salles combles pour l’ouverture du 40e FIFF !
Avec Les Baronnes, Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui offrent un film vibrant où quatre grand-mères de Molenbeek se lancent dans le théâtre et bouleversent tout sur leur passage. Entre rires, larmes et poésie, le public passe par toutes les émotions.
Seize ans après Les Barons, c’est désormais Les Baronnes qui ouvrent le festival, rappelant qu’il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves.
DOUBITSCHOU CHOCOLAT NOIR
t si la gourmandise s’invitait au cinéma ? Inspiré du film culte Le Père Noël est une ordure, le fameux doubitschou passe de la blague à la réalité. Transformé en délicieuses truffes au chocolat noir et vieux marc de Champagne, il promet de surprendre vos convives autant qu’il a marqué les spectateurs
La culture en danger
Le FIFF fête ses 40 ans. Quarante ans de cinéma francophone à Namur, de rencontres, d’émotions et de découvertes. Mais cette édition anniversaire n’échappe pas à la réalité : le festival doit « se serrer la ceinture ». Moins de budget, moins de films, moins d’invités confirmés… Même un événement aussi reconnu que le FIFF ressent les coups de ciseaux budgétaires.
Et c’est là que le signal devient alarmant : si le FIFF est fragilisé, qu’en est-il des petites associations, des théâtres de quartier, des initiatives locales qui, elles, n’ont pas la même visibilité ? La culture est en danger.
Pourtant, le festival tient bon. Avec créativité, il transforme ses contraintes en opportunités : moins de quantité, mais plus de chances de voir les films primés, plus de proximité avec le public. C’est une leçon de résistance : la culture plie, mais ne rompt pas.
Médecine pour le Peuple :
Soutenez Radio Solidarité !
Soutenez Radio Solidarité, la voix qui unit !
adio Solidarité est une radio libre, citoyenne et indépendante. Nous ne recevons aucun subside public, car nous tenons à préserver notre autonomie éditoriale et à rester proches de celles et ceux qui font vivre la solidarité au quotidien.
Informer, éduquer, divertir et donner la parole à tous, c’est notre mission. Mais pour continuer à diffuser 24h/24, animer nos émissions, assurer la maintenance du matériel et couvrir les frais de fonctionnement, nous avons besoin de vous.
Chaque don, même modeste, nous aide à poursuivre cette belle aventure collective.
Vous pouvez faire un virement sur le compte de New Line Info asbl (VDK Banque) :
BE62 8940 0156 3461
Ensemble, faisons vivre la radio qui donne la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas ailleurs.






















