Quand le cinéma devient une arme de paix

par | Oct 7, 2025 | Le FIFF de Namur, Nos Articles | 0 commentaires

Muganga – Celui qui soigne

Troisième jour du Festival International du Film Francophone de Namur, et troisième grand choc émotionnel pour l’équipe de Radio Solidarité.
Avec Muganga – Celui qui soigne, de Marie-Hélène Roux, le FIFF nous confronte à la réalité la plus crue — celle des violences sexuelles utilisées comme armes de guerre — tout en nous rappelant que l’art peut être un acte de résistance.
Un film qui soigne les corps… mais surtout les consciences.

Une œuvre nécessaire

« Je ne veux pas guérir. Je ne peux pas guérir. »

« On n’oublie nulle part. »

Deux phrases, simples et déchirantes, qui résument l’essence du film.
Muganga, en swahili, signifie celui qui soigne.
Mais ici, le soin va bien au-delà du geste médical : c’est une quête de dignité, de justice et de mémoire.

La réalisatrice Marie-Hélène Roux s’inspire de la vie du docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, et de son ami belge Guy-Bernard Cadière. Ensemble, ils soignent les femmes victimes de viols et de mutilations en République démocratique du Congo (RDC).
Un film fort, pudique, parfois insoutenable, mais d’une beauté humaine rare.

La réalité dépasse la fiction

“On détourne parfois le regard, on pense que ce n’est pas possible. Et pourtant, la réalité dépasse la fiction.” — Laurent Frémal, Radio Solidarité

Pendant la projection, la salle a retenu son souffle.
Les larmes ont coulé, les cœurs se sont serrés.
Et quand le générique s’est affiché, le public s’est levé — standing ovation.
Des applaudissements longs, nourris, comme pour remercier le courage des femmes du Congo… et de toutes celles qui, à travers le monde, subissent encore le viol comme arme psychologique et politique.

“Ce film à lui seul est une arme — pacifique, artistique — pour dire STOP. En RDC, mais partout sur la planète.”

Une création habitée

Le tournage de Muganga n’a pas été un long fleuve tranquille :
10 ans de travail, deux pays, une pandémie, et une équipe portée par la conviction qu’un film peut changer des vies.

La productrice Geneviève Lemal l’a rappelé :

“La majorité des gens ont laissé tomber. Mais Marie-Hélène et Cynthia ne sont pas parties. Elles ont tenu bon, et c’est exceptionnel.”

La réalisatrice, elle, confie :

“Je ne suis pas pour la violence gratuite. Mais si l’on veut parler de la lumière, il faut traverser l’ombre.
Pour suivre le cheminement vers la guérison, il faut d’abord regarder le mal en face.”

Tourné au Gabon, où l’équipe a reconstruit l’hôpital Panzi, le film réunit des actrices professionnelles et des femmes locales.
“Elles sont les véritables étoiles du film”, confie Dada Stella, elle-même militante de longue date pour la paix.

Des comédiennes qui portent le monde

L’actrice Babetida Sadjo, bouleversante, raconte avec sincérité :

“J’ai voulu commencer par la scène du viol. Pas pour m’en débarrasser, mais pour que toute l’équipe comprenne ce qu’on portait.
Ce film, ce n’est pas un film.
C’est une arme de construction.
Je porte encore ce traumatisme dans mon corps.”

Ces mots ont ému la salle entière.
Le public a pleuré, mais aussi applaudi debout cette parole libre et courageuse.

Une spectatrice congolaise a pris le micro :

“Merci. Parce que vous venez de créer un film d’utilité publique.
En tant que femme congolaise, je n’ai pas de mots.”

Le cinéma comme outil de paix

Grâce au film, le docteur Mukwege est revenu récemment à Kinshasa après neuf mois d’exil.
Une projection prévue pour 500 personnes a dû être déplacée dans une salle de 2 000 places, pleine à craquer.

“Grâce à ce film, le gouvernement était en train de se réconcilier”, raconte Dada Stella.

Et Marie-Hélène Roux d’ajouter :

“Beaucoup de salles ne voulaient pas le montrer. On nous disait ‘ça dérange’.
Mais il faut être dérangé.
Aujourd’hui, le public demande du sens.”

Même Angelina Jolie, engagée auprès de la fondation Panzi, a accepté de s’associer au projet pour en renforcer la visibilité internationale.

Un film à partager, à faire vivre

Muganga – Celui qui soigne est bien plus qu’un récit : c’est un cri pour l’humanité.
Un film qui rappelle que la solidarité est universelle, et que la guérison ne se fait jamais seul.

“Ne laissez pas ce film vous quitter. Parlez-en autour de vous.” — Babetida Sadjo

Parce qu’à quelques heures d’avion de nous, des milliers de femmes vivent encore ce drame.
Parce qu’un film comme celui-là ne se regarde pas seulement : il se partage, il s’honore, il se prolonge.

À suivre sur Radio Solidarité

Distribution

  • Titre complet : Muganga – Celui qui soigne

  • Réalisation : Marie-Hélène Roux

  • Scénario : Marie-Hélène Roux & Jean-René Lemoine

  • Avec : Isaach de Bankolé, Vincent Macaigne, Babetida Sadjo, Dada Stella, Manon Bresch, Déborah Lukumuena

  • Pays : France / Belgique

  • Durée : 1h45

  • Distribution : L’Atelier Distribution

  • Sortie Belgique : décembre 2025

Un film qui soigne le silence

Muganga – Celui qui soigne est une arme pacifique — celle du cinéma, de l’art et de la solidarité.
Il ne se contente pas de montrer : il soigne.
Et à Namur, ce soir, le public debout a prouvé que la lumière passe encore, même à travers les plaies du monde.

Laurent Frémal

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Lorsque le générique débute, personne ne se lève. Aucun bruit. Quelques lampes de téléphones s’allument timidement dans l’obscurité, révélant des visages marqués. Les spectateurs quittent finalement la salle dans un silence solennel, comme pour prolonger ce moment suspendu. Un instant rare, où le cinéma devient un espace de recueillement et de mémoire.

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