Namur en Mai

par | Mai 16, 2026 | Namur en Mai 2026, Nos Podcasts | 0 commentaires

trente ans de poésie populaire, de résistance culturelle et de rêves dans les rues namuroises

Pendant trente ans, Namur en Mai a transformé Namur en un immense chapiteau à ciel ouvert.

Des clowns surgissant d’une ruelle.
Des acrobates suspendus au-dessus des places.
Des fanfares traversant les pavés namurois.
Des jongleurs défiant la gravité au milieu de la foule.
Des enfants assis sur un trottoir les yeux grands ouverts.
Des artistes jouant parfois sous la pluie, parfois jusque tard dans la nuit.

Pendant quelques jours, la ville entière change de rythme.

On ralentit.
On lève les yeux.
On s’arrête.
On écoute.
On regarde.
On rêve un peu.

Mais derrière les spectacles et les lumières, il y a surtout une histoire profondément humaine.

Une histoire de passion.
Une histoire de culture populaire.
Une histoire de transmission.
Une histoire de résistance culturelle.

Et aujourd’hui, voir Namur en Mai célébrer ses trente ans n’a rien d’anodin.

Parce que dans une époque où beaucoup d’événements culturels disparaissent, où les centres-villes se vident parfois de leur âme, où la culture devient de plus en plus inaccessible pour une partie de la population, Namur en Mai continue de faire vivre quelque chose de rare :

un espace de rencontre humaine.

Un pari un peu fou devenu une institution

Quand le festival voit le jour en 1996 sous l’impulsion de Jean-Félix et Nathalie Tirtiaux, peu imaginent que ce rendez-vous deviendra l’un des plus grands festivals des arts de rue en Belgique.

L’idée paraît pourtant presque simple :

sortir la culture des salles fermées et la rendre à la rue.

Pas besoin de costume.
Pas besoin de connaître les codes du spectacle vivant.
Pas besoin d’avoir beaucoup d’argent.

Juste des artistes.
Des places publiques.
Et des gens.

Très vite, la magie opère.

Namur cesse d’être une ville “ordinaire” pendant quelques jours.

Les rues deviennent des scènes.
Les places deviennent des pistes de cirque.
Les façades deviennent des décors.
Les passants deviennent spectateurs presque sans s’en rendre compte.

Aurélien Tirtiaux se souvient encore de cette idée de départ : « théâtraliser la rue ».

À l’époque, explique-t-il, Namur était beaucoup plus calme, parfois presque endormie. Et soudain, le festival a amené du rêve dans les rues. Des ombres géantes, des personnages mystérieux, des univers fantastiques ont commencé à envahir la ville.

Et c’est probablement là que réside encore aujourd’hui l’âme profonde de Namur en Mai :

rendre la culture accessible à toutes et tous sans jamais la rendre superficielle.

À Namur en Mai, un enfant peut découvrir son premier spectacle assis sur un trottoir.
Une famille peut éclater de rire au détour d’une ruelle.
Un inconnu peut s’arrêter cinq minutes… et oublier le reste du monde.

Et ça, aucune plateforme numérique ne pourra jamais le remplacer.

La famille Tirtiaux : vingt ans pour construire une âme

Impossible de raconter l’histoire de Namur en Mai sans rendre hommage à la famille Tirtiaux.

Pendant vingt ans, Jean-Félix et Nathalie Tirtiaux ont porté, façonné et dirigé le festival avec une vision profondément humaine, populaire et artistique de la culture.

Ils n’ont pas simplement organisé un événement.

Ils ont construit un imaginaire collectif.

Durant deux décennies, Namur en Mai a développé une identité immédiatement reconnaissable :
un mélange de poésie,
d’arts forains,
d’humour,
de folie douce,
de merveilleux,
d’étrangeté,
et surtout de proximité humaine.

Mais cette identité visuelle et émotionnelle doit aussi énormément au travail d’Aurélien Tirtiaux.

Pendant près de vingt ans, ses affiches ont marqué plusieurs générations de Namurois.

Des silhouettes sans visage.
Des spirales.
Des couleurs flamboyantes.
Des personnages impossibles.
Des univers inspirés de l’art déco, du fantastique, des mangas, des arts forains et du cinéma.

Chaque affiche racontait déjà une histoire avant même que le festival commence.

Aujourd’hui encore, beaucoup les collectionnent comme des œuvres d’art et comme des morceaux de mémoire namuroise.

Pour les trente ans du festival, Aurélien Tirtiaux a accepté de reprendre ses crayons après dix ans d’absence.

Un retour chargé d’émotion.

« J’aime beaucoup voir les anciens replonger dans cette atmosphère », confie-t-il. « On sent les souvenirs se réveiller. »

Il parle aussi avec émotion de l’évolution de son propre travail :

« J’ai grandi, j’ai vieilli, et ça se voit dans les affiches. »

À travers ces images, c’est aussi une partie de l’histoire culturelle de Namur qui s’est écrite.

Quand les festivals disparaissent, Namur en Mai tient encore debout

Aujourd’hui, faire vivre un festival culturel est devenu un véritable combat.

Partout, des événements disparaissent.

Des festivals historiques ferment leurs portes.
D’autres réduisent leur programmation.
Certains survivent dans une fragilité presque invisible pour le public.

Le monde culturel souffre.

Les coûts explosent :
sécurité,
énergie,
technique,
logistique,
assurances,
mobilité,
cachets artistiques.

Et les arts de rue ne sont pas épargnés.

Aurélien Tirtiaux le dit lui-même avec une certaine amertume : Namur en Mai n’a jamais reçu tous les moyens qu’un événement d’une telle ampleur aurait mérité.

Samuel Chapelle, l’actuel directeur du festival, parle lui aussi d’un contexte extrêmement compliqué.

Mais malgré tout…

Namur en Mai est toujours là.

Et aujourd’hui, voir le festival célébrer ses trente ans ressemble presque à un acte de résistance culturelle.

Le festival tient grâce aux équipes qui continuent d’y croire.
Grâce aux bénévoles.
Grâce aux artistes.
Grâce aux techniciens.
Grâce au public fidèle qui continue de remplir les rues année après année.

Samuel Chapelle raconte même que cette année, malgré une météo parfois terrible, plusieurs artistes étrangers étaient bouleversés de voir les spectateurs rester sous la pluie jusqu’à la fin des spectacles.

« Les artistes nous disaient : “ça, on n’a jamais vu ça ailleurs.” »

Et peut-être que c’est justement ça qui sauve encore Namur en Mai aujourd’hui :

ce lien humain extrêmement fort entre la ville, les artistes et le public.

La rue comme dernier espace de rencontre

Ce qui rend Namur en Mai si particulier, c’est aussi sa manière d’occuper l’espace public.

Pendant quelques jours, les rues redeviennent des lieux de vie.

Des lieux de surprise.
Des lieux de partage.
Des lieux de rêve.
Des lieux de rencontre.

Samuel Chapelle parle d’un besoin devenu essentiel :
« se rencontrer dans la vie réelle, hors des écrans ».

Et c’est probablement ce qui rend le festival encore plus important aujourd’hui qu’il ne l’était il y a trente ans.

Dans une société où tout devient rapide, numérique et individualisé, voir des milliers de personnes rire ensemble devant un spectacle de rue devient presque un geste politique.

Les arts forains rappellent quelque chose d’essentiel :

on peut encore partager un moment ensemble sans écran.
Sans frontière sociale.
Sans distinction d’âge.
Sans algorithme.

À Namur en Mai, pendant quelques minutes, tout le monde regarde dans la même direction.

Et ça devient rare.

Namur : une ville entière transformée en décor vivant

Namur elle-même fait partie du spectacle.

Ses pavés.
Ses ruelles.
Ses façades anciennes.
Ses écoles.
Ses places.
La Citadelle.
La Sambre et la Meuse.

Samuel Chapelle décrit la ville comme « un terrain de jeu exceptionnel ».

Aurélien Tirtiaux explique lui aussi pourquoi le festival ne pouvait pas exister de la même manière ailleurs :

« À Namur, quand on fait quelque chose, ça occupe toute la ville. »

Pendant quelques jours, les cours de récréation deviennent des théâtres.
Les jardins accueillent des chapiteaux.
Les rues deviennent des mondes imaginaires.

Et certaines scénographies sont restées mythiques.

Aurélien se souvient notamment du moment où le festival avait recouvert le piétonnier de milliers de mètres carrés de gazon.

Ce qui l’a le plus marqué, ce n’est pas seulement le décor.

C’est la réaction des habitants.

Des dizaines de personnes sont spontanément venues aider à installer le gazon. Des jeunes, des anciens, des passants… tout le monde participait.

Et surtout, personne ne détruisait les installations.

Au contraire.

Le public protégeait les décors.

« Pendant quelques jours, tout le monde prenait soin des rues et des autres », raconte-t-il.

Et peut-être que c’est ça, finalement, la plus grande réussite de Namur en Mai :

avoir réussi à transformer une ville entière en espace collectif vivant.

Un festival populaire… mais aussi profondément engagé

Namur en Mai n’est pas seulement un festival qui divertit.

C’est aussi un festival qui questionne.

Samuel Chapelle l’assume clairement :
les spectacles doivent nourrir les imaginaires, pousser à réfléchir et aider à inventer d’autres manières de vivre ensemble.

Beaucoup de spectacles programmés cette année parlaient directement du monde actuel :
solidarité,
écologie,
tolérance,
résistance,
rapport au vivant,
utopies collectives,
vivre ensemble.

Et ce n’est pas un hasard.

Dans un monde traversé par les peurs, les replis identitaires et les crises permanentes, Namur en Mai continue de défendre une culture populaire ouverte et profondément humaine.

Une culture qui rassemble au lieu de diviser.

Une culture qui ose encore faire rêver.

Samuel Chapelle le dit très justement :
les arts de rue permettent de créer « de nouveaux récits » capables de nous aider à imaginer d’autres manières de faire société.

Et dans l’époque actuelle, ce n’est pas un détail.

Des souvenirs gravés dans plusieurs générations

Pour beaucoup de Namurois, Namur en Mai n’est pas “juste un festival”.

C’est un souvenir d’enfance.

Une tradition familiale.

Un rendez-vous annuel.

Certains se souviennent d’un clown vu lorsqu’ils étaient enfants.
D’autres d’un spectacle sous la pluie.
D’une fanfare surgissant d’une petite rue.
D’un artiste jouant “au chapeau” jusque tard dans la nuit.

Et puis il y a cette ambiance impossible à expliquer complètement :

les odeurs de gaufres,
les pavés bondés,
les lumières,
les terrasses pleines,
les rires qui résonnent entre les façades,
les artistes qui croisent le public comme si toute la ville devenait une scène vivante.

Namur en Mai ne se regarde pas seulement.

Il se vit.

Trente ans plus tard… la magie est toujours là

Trente ans après sa création, Namur en Mai continue d’évoluer sans perdre son âme.

Le festival accueille de nouvelles générations d’artistes.
Explore de nouvelles formes.
Continue d’oser.
Continue d’inventer.

Samuel Chapelle parle déjà d’un nouveau chapitre pour les prochaines années :
plus immersif,
plus vivant encore,
avec davantage d’expériences autour des spectacles.

Mais au fond, l’essentiel n’a jamais changé :

faire rêver,
faire rire,
faire réfléchir parfois,
et rappeler que la culture populaire peut être belle, intelligente et profondément humaine.

Dans un monde où beaucoup de choses disparaissent ou deviennent inaccessibles, Namur en Mai continue d’ouvrir les rues, les regards et les imaginaires.

Et rien que pour cela, ces trente ans méritent d’être célébrés.

Merci aux artistes.
Merci aux bénévoles.
Merci aux techniciens.
Merci aux spectateurs fidèles.
Merci à toutes celles et ceux qui continuent de faire vivre cette aventure.

Et merci à la famille Tirtiaux qui, pendant vingt ans, a donné au festival son âme, son imaginaire… et une partie de sa magie.

Article : Laurent Fremal

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Author: Laurent

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