Donald Trump, prix Nobel de la paix ?
Et pourquoi pas Pape, pendant qu’on y est…
Une nomination qui défie le bon sens
Le monde n’est pas à une contradiction près. Mais il arrive un moment où le grotesque flirte dangereusement avec l’indécence. Ces derniers jours, plusieurs médias et figures politiques relayent avec un sérieux désarmant l’idée que Donald J. Trump pourrait se voir décerner le Prix Nobel de la paix. Oui, le même homme qui a érigé des murs pour séparer, quitté les accords de Paris, insulté les réfugiés, méprisé les journalistes et piétiné les institutions internationales.
Si l’information semble sortie d’un sketch de satire politique, elle soulève pourtant une question essentielle : où va le Prix Nobel de la paix, ce symbole mondial de lutte pour la dignité humaine, si l’on commence à y inscrire ceux qui s’en sont si souvent moqués ?
Un prix aux racines profondes
Rappelons ce que représente vraiment ce prix. Créé en 1895 par le testament d’Alfred Nobel, le Prix Nobel de la paix doit récompenser « la personne ayant accompli le plus grand travail ou les meilleurs efforts en faveur de la fraternité entre les nations, de l’abolition ou réduction des armées permanentes, et de la promotion des congrès de paix ».
Ce n’est pas un prix de stratégie politique.
Ce n’est pas une médaille de fin de mandat.
C’est une distinction morale, un hommage à des parcours de courage, de sacrifice et de dialogue.
C’est ainsi qu’ont été honorés :
-
Martin Luther King Jr. (1964), pour sa lutte non-violente contre la ségrégation raciale.
-
Mère Teresa (1979), pour son œuvre auprès des plus pauvres.
-
Nelson Mandela et Frederik De Klerk (1993), pour la fin pacifique de l’apartheid.
-
Malala Yousafzai (2014), pour son combat en faveur de l’éducation des filles.
-
Kofi Annan (2001), pour son engagement diplomatique à la tête de l’ONU.
-
Le Programme Alimentaire Mondial (2020), pour sa lutte contre la faim, source majeure d’instabilité.
Tous ont en commun un engagement profond, humaniste, souvent risqué, pour faire progresser l’humanité.
Trump, candidat à tout… sauf à l’humilité
Alors pourquoi certains veulent-ils glisser le nom de Trump dans cette prestigieuse liste ? Trois arguments sont généralement avancés :
- Lesaccords d’Abraham (2020), entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, facilités sous son mandat.
- L’absence de guerre majeure déclenchée par les États-Unis durant sa présidence.
- Une forme dediplomatie directe, notamment avec la Corée du Nord.
En résumé, pour ses partisans : Trump, c’est la paix par le deal. Une paix sans idéal, sans humanité, mais avec une belle signature en lettres dorées sur une photo souvenir.
À ce compte-là, il ne manque plus qu’un slogan :
Make Peace Great Again.
Mais la paix véritable n’est ni un slogan ni un selfie entre chefs d’État. Elle ne se mesure pas à coups de poignées de main ou de communiqués de presse. Elle se construit, lentement, avec du dialogue, de l’écoute, des concessions, de la vérité.
Et Trump ?
Il a quitté l’UNESCO, l’accord de Paris, l’OMS.
Il a insulté les réfugiés, les femmes, les minorités.
Il a attisé les tensions internes, militarisé les manifestations et utilisé la diplomatie comme outil électoral.
Un goût prononcé pour les titres ronflants
Soyons clairs : ce n’est pas la paix qui attire Donald Trump, mais bien le prestige du mot “Nobel”.
Il aime les titres flamboyants comme d’autres aiment les dorures :
président, milliardaire autoproclamé, showman, messie du monde libre… alors pourquoi pas prix Nobel, tant qu’on y est ?
Et soyons fous :
-
Pape Trump Ier, vicaire à vie de l’Amérique éternelle.
-
Prix Pulitzer, pour ses tweets visionnaires.
-
Oscar du meilleur acteur, pour ses meetings dignes d’un reality show.
-
Médaille Fields, pour ses calculs électoraux créatifs.
La seule chose qu’il lui manque ? Un prix Nobel de la modestie. Malheureusement pour lui, ce prix n’existe pas — et surtout, il n’en remplirait pas les critères.
Une insulte envers celles et ceux qui luttent vraiment
Cette nomination hypothétique, même si elle reste une provocation ou un buzz médiatique, est une gifle pour toutes celles et ceux qui luttent au quotidien :
les militantes pour les droits humains, les médecins sans frontières, les négociateurs de paix dans les zones de guerre, les travailleurs humanitaires, les jeunes qui défendent le climat, les peuples opprimés qui résistent en silence.
Non, Monsieur Trump.
La paix ne s’achète pas à coups de contrats d’armement.
Elle ne se tweete pas. Elle ne se vend pas dans un casino.
Elle ne se décrète pas depuis une tour dorée.
Elle se vit, elle se construit, elle se mérite.
Ce que le Nobel doit rester
Le Prix Nobel de la paix n’est pas un gadget de vitrine pour ego en quête de reconnaissance. C’est un phare dans la nuit du cynisme, un symbole pour toutes celles et ceux qui refusent de céder à la fatalité, à la violence, à l’indifférence.
S’il devait un jour être galvaudé au point de récompenser le bruit plutôt que l’engagement, la posture plutôt que la paix, alors il ne serait plus qu’un trophée creux, vidé de sa substance.
Entre une poignée de main historique et une vie entière de dévouement,
le choix est vite fait.
Laurent Frémal


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