Sans-CHEZ-SOIS’risme à Bruxelles
le temps des constats est passé, place aux actes
Radio Solidarité sur le terrain à Bruxelles
Ce 30 mars, notre équipe était présente à Bruxelles pour suivre la journée consacrée au Masterplan de lutte contre l’absence de chez-soi, porté par Bruss’help.
Pour Radio Solidarité, José et Luc, nos reporters, étaient sur place, micro en main, pour aller à la rencontre des acteurs du terrain, des responsables associatifs et des représentants politiques.
Une journée dense, marquée par une forte mobilisation, mais surtout par une réalité qui s’impose à tous : le sans-abrisme ne cesse de s’aggraver, et les réponses actuelles ne suffisent plus.
Une mobilisation large, signe d’un enjeu majeur
Dès les premières heures, le ton est donné. Plus de 200 participants, issus du secteur du sans-abrisme mais aussi de la santé, du logement, des administrations et du monde politique, sont réunis.
Pour Éric Crusson, cette diversité est essentielle :
Toutes les parties prenantes étaient présentes. Cela montre que la question du sans-abrisme dépasse aujourd’hui largement le seul secteur social.
Bruss’help ne se positionne pas comme un acteur militant, mais comme un coordinateur et producteur de recommandations, basé sur le terrain, la recherche et le dénombrement. Le message adressé au politique est clair : les solutions existent, encore faut-il les mettre en œuvre.
Un changement de paradigme : remettre le logement au centre
Le Masterplan marque une évolution importante dans la manière d’aborder le sans-abrisme.
Comme le souligne Pierre-Yves, impliqué dans sa mise en œuvre :
Le premier changement, c’est de remettre le logement au cœur. Le second, c’est de travailler ensemble, entre secteurs.
Fini le cloisonnement. Le sans-abrisme n’est plus considéré comme une problématique isolée, mais comme le résultat d’un ensemble de facteurs : précarité, santé, migration, ruptures familiales, accès aux droits.
Cette approche transversale est aujourd’hui largement partagée. Mais elle implique une transformation profonde des pratiques.
Prévenir plutôt que réparer
L’un des axes majeurs du Masterplan est la prévention.
Et sur ce point, certains témoignages sont sans appel.
Du côté de l’aide à la jeunesse, le constat est brutal : des centaines de jeunes sont identifiés très tôt comme étant à risque… sans qu’aucune solution structurelle ne leur soit garantie à leur majorité.
On n’est même plus dans la prévention, mais dans la prévisibilité.
Un aveu qui résume à lui seul l’urgence d’agir en amont.
Les invisibles du sans-abrisme : une réalité massive
Au fil des échanges, un mot revient sans cesse : les invisibles.
Ceux que l’on ne voit pas dans la rue. Ceux qui dorment chez un ami, dans un garage, sur un canapé, dans des conditions précaires et instables.
Les fameux “divans dormeurs”.
Pour Pierre Verbeeren, directeur du CPAS de Bruxelles :
Une partie importante des personnes que nous accompagnons vivent chez un tiers. Le problème n’est pas seulement de les identifier, mais de trouver des solutions de logement.
Même analyse du côté de la Fédération des services sociaux :
Le vrai problème, ce n’est pas qu’ils soient invisibles. C’est qu’il n’y a pas de solutions à leur proposer.
Une réalité qui élargit considérablement la définition du sans-abrisme.
Le logement : le nœud du problème
Tous les intervenants convergent sur un point : sans logement accessible, aucune politique ne pourra fonctionner.
Laurent Demoulin, de l’ASBL Diogène, le rappelle avec force :
Sortir de la rue et se maintenir en logement est devenu extrêmement difficile avec les revenus actuels et le prix du marché.
Son association développe des dispositifs comme le Housing First, avec des résultats concrets : des taux de maintien en logement proches de 80%.
Mais même ces initiatives se heurtent à une réalité incontournable :
le manque de logements disponibles et abordables.
Le logement de transit, l’hébergement d’urgence, les solutions temporaires… tout finit par saturer.
Le problème, c’est la sortie. Il n’y a pas assez de solutions durables.
Des publics particulièrement fragilisés
Certains publics restent en première ligne.
Les personnes sans titre de séjour, d’abord, souvent exclues des dispositifs classiques et contraintes de vivre dans des conditions extrêmement précaires.
Les enfants et les familles, ensuite, dont la présence dans la rue reste une réalité malgré les engagements politiques.
Et enfin, toutes ces personnes en situation de précarité diffuse, ni totalement à la rue, ni réellement logées, qui naviguent entre débrouille et survie.
Une responsabilité politique assumée… mais attendue
Présents lors de cette journée, Karine Lalieux et Ahmed Laouej ont tous deux insisté sur la nécessité de mieux coordonner les politiques sociales et de logement.
Karine Lalieux rappelle que beaucoup de personnes vivent aujourd’hui dans des situations invisibles :
Beaucoup de personnes vivent les unes chez les autres, dans une instabilité permanente. Il faut leur permettre d’accéder à un toit digne.
Ahmed Laouej, lui, élargit encore le débat :
Ce n’est pas qu’une question de moyens. C’est une question de dignité humaine. Personne n’est à l’abri.
Pour lui, la lutte contre le sans-abrisme pose une question fondamentale :
Quelle société voulons-nous ? Une société du chacun pour soi, ou une société qui n’abandonne personne ?
Un plan ambitieux, mais un défi immense
Le Masterplan propose une vision claire :
- prévenir l’entrée dans la rue
- réduire le temps passé sans logement
- stabiliser les parcours
- lutter contre les violences institutionnelles
Sur le papier, le consensus est là.
Sur le terrain, l’urgence aussi.
Mais entre les deux, il reste une étape cruciale : le passage à l’action.
Car comme le rappellent de nombreux acteurs présents :
sans volonté politique forte, sans moyens adaptés, sans réforme du marché du logement, rien ne changera réellement.
Écouter, comprendre… et ne plus détourner le regard
Ce que cette journée a surtout mis en lumière, ce sont des réalités humaines.
Des parcours brisés. Des situations invisibles. Des professionnels à bout de souffle. Des solutions qui existent, mais qui peinent à être généralisées.
Et une conviction partagée :
le sans-abrisme n’est pas une fatalité.
Mais il ne disparaîtra pas non plus sans un choix clair, collectif et assumé.
Ils ont pris la parole. À vous d’écouter.
Le sans-abrisme ne se voit pas toujours.
Il ne se limite pas à la rue. Il se cache aussi dans des canapés, des garages, des solutions de fortune… et dans des vies en suspens.
À Bruxelles, lors de la journée du Masterplan organisée par Bruss’help, notre équipe est allée à la rencontre de celles et ceux qui agissent, alertent et cherchent des solutions.
Au micro de José et Luc, des témoignages forts, des constats sans détour, et une question qui nous concerne tous :
quelle société voulons-nous construire ?
Écoutez dès maintenant notre podcast
Des voix du terrain
Des réalités souvent invisibles
Et des pistes pour agir autrement
Parce que comprendre, c’est déjà commencer à changer les choses.
Article : Laurent Fremal
Reportage : Luc Bolssens & José Parades
Logement en Wallonie : la crise qui abîme la santé, le climat… et les droits
Un logement décent, c’est la base de tout. Dans cet épisode de Viva les Droits, enregistré en direct à Namur avec le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, on parle loyers inaccessibles, passoires énergétiques, santé (moisissures, humidité), rénovation impossible faute de financement, aides trop complexes, et logements vides alors que les listes d’attente explosent. Témoignages forts (locataires et propriétaires précaires), éclairages de terrain (SAMI, plateformes rénovation, Infirmiers de rue) et une évidence qui revient sans cesse : sans toit digne, les autres droits s’effondrent.
Fin de mois, fin de droits » – Vœux de rue 2026 avec Christine Mahy
Au cœur des échanges : les réformes du chômage, la fin des droits, le statut cohabitant, la défense des services publics et la nécessité de démonter le mythe de la méritocratie. Une parole ancrée dans le réel, portée par les luttes sociales, les alliances associatives et la solidarité.
Vœux de rue 2026 : quand la fin du mois devient une fin de droits
Fin de mois, fin de droits.
Lors des Vœux de rue 2026, Christine Mahy (RWLP) alerte sur les conséquences humaines des réformes du chômage, le statut cohabitant et l’affaiblissement des services publics. Un discours fort qui appelle à démonter le mythe de la méritocratie et à renforcer les alliances pour la justice sociale.
Droit à l’info : guichet humain ou écran mur ?
Et si le numérique, censé simplifier nos vies, devenait un obstacle à nos droits fondamentaux ?
Dans cet épisode de Viva les Droits, enregistré en direct à Namur, nous donnons la parole à des acteurs de terrain et à une témoin du vécu pour comprendre comment la fracture numérique impacte l’accès au logement, à l’emploi, à la santé et à l’information.
Entre disparition des guichets humains, complexité administrative en ligne, concentration des médias et montée des fake news, une question s’impose : le progrès technologique est-il encore au service de tous ?
Le Ramdam Festival de Tournai tire sa révérence
Après dix jours de projections, de débats et d’émotions fortes, le Ramdam Festival de Tournai a dévoilé un palmarès à la hauteur de son ADN : des films qui dérangent, questionnent et marquent durablement les esprits. Courts, longs-métrages, documentaires et fictions engagées ont une nouvelle fois prouvé que le cinéma peut être un puissant outil de réflexion et de dialogue. Radio Solidarité vous propose de revenir sur les temps forts du festival, ses coups de cœur et les œuvres à ne pas manquer.
Un Mic Une Cam au RamDam Festival
Balance ton short !
Au Tournai Ramdam Festival, le concours Balance ton short ! donne carte blanche aux créateurs pour réaliser, en deux minutes maximum, des courts-métrages sur des sujets qui dérangent. Radio Solidarité vous propose une interview pour découvrir l’esprit de ce concours engagé, qui encourage la créativité, la liberté d’expression et le cinéma comme outil de réflexion et de dialogue.
Dans les coulisses d’un festival qui tient debout grâce à ses bénévoles
Depuis seize ans, le Ramdam Festival – le festival du film qui dérange – grandit sans perdre son âme. Derrière les projections et les débats engagés, les bénévoles sont le cœur battant de l’événement. Miguel, bénévole depuis la toute première édition, partage avec Radio Solidarité son regard sur l’évolution du festival, l’esprit familial qui le caractérise et ces rencontres humaines qui donnent tout son sens au cinéma engagé.
Sirât,
Présenté dans le cadre du RamDam Festival, Sirât d’Oliver Laxe s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale d’un festival dédié aux films qui interrogent et bousculent les regards. Récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes, ce long-métrage tourné dans le désert marocain propose une expérience de cinéma sensorielle et contemplative, loin des récits formatés.
Notre correspondant marocain Ahmed livre une analyse sensible de cette œuvre singulière, où l’image, le rythme et l’atmosphère prennent le pas sur la narration classique.
Gadjé : au RamDam Festival
Au RamDam Festival de Tournai, Radio Solidarité a rencontré Georges Vanev, réalisateur belgo-bulgare de Gadjé. Le film raconte l’amour d’été entre Niki et Nadé, jeune fille rom, jusqu’au moment où la pression familiale et le racisme “ordinaire” viennent écraser leur relation. Refusant les clichés, Vanev a fait le choix non négociable de tourner avec des acteurs roms, en collaboration avec l’association Arrété Youth à Sofia. Pour découvrir l’envers du décor et la parole du réalisateur, écoutez le podcast en ligne sur Radio Solidarité.
Un silence plus fort que les mots
Dimanche matin, à 9h00, le RamDam Festival de Tournai ouvre sa journée avec La voix de Hind Raja. La salle est comble, le silence s’installe immédiatement. Tout au long de la projection, les regards restent fixés à l’écran, les émotions sont visibles, les yeux rougis par les larmes.
Lorsque le générique débute, personne ne se lève. Aucun bruit. Quelques lampes de téléphones s’allument timidement dans l’obscurité, révélant des visages marqués. Les spectateurs quittent finalement la salle dans un silence solennel, comme pour prolonger ce moment suspendu. Un instant rare, où le cinéma devient un espace de recueillement et de mémoire.
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