Vœux de rue 2026 : quand la fin du mois devient une fin de droits

par | Jan 29, 2026 | Nos Podcasts | 0 commentaires

Christine Mahy –
Discours des Vœux de rue 2026

Jeudi 29 janvier 2026, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté a choisi la rue pour présenter ses vœux. Pas une salle institutionnelle, mais la place de la Station à Namur. Un choix volontaire, politique et hautement symbolique : être au plus près du réel, dans l’espace public, en solidarité avec les cheminots et, plus largement, avec toutes celles et ceux qui défendent les services publics.

Image de blog 5Dans un contexte de réformes sociales brutales, ces Vœux de rue prennent une résonance particulière : fin de mois, faim de mois, fin de droits. Un moment de rassemblement, mais surtout un temps de parole pour dire l’urgence sociale et refuser l’habituation à l’injustice.

Défendre les services publics, richesse des plus précaires

Dès les premières minutes, Christine Mahy, secrétaire générale du RWLP, rappelle pourquoi le lieu compte. Être devant la gare, c’est affirmer que les services publics — transport, emploi, sécurité sociale, école — sont la véritable richesse de celles et ceux qui n’ont ni patrimoine ni héritage.
La mobilité n’est pas qu’un déplacement : c’est l’accès aux droits, à l’emploi, aux soins, aux relations sociales. Fragiliser les services publics, c’est fragiliser toute une partie de la population.

Réformes du chômage : des vies mises à zéro

Le cœur du discours est un cri d’alarme face aux exclusions du chômage. Christine Mahy dénonce une logique de sanctions qui plonge des milliers de personnes dans une précarité extrême, parfois avec zéro euro sur leur compte bancaire.
Ces décisions ne blessent pas seulement financièrement : elles abîment les relations familiales, la santé mentale, la confiance en soi, et renforcent la stigmatisation sociale.

Le passage par le CPAS, souvent présenté comme une solution, n’est ni automatique ni immédiat. Beaucoup restent sans revenu, sans certitude, dans une attente administrative insupportable.

Le statut cohabitant : une injustice structurelle

Au centre des critiques : le statut cohabitant, que le RWLP combat depuis des années. Ce statut pénalise le fait de vivre ensemble et frappe de plein fouet les ménages précaires, en particulier les femmes, souvent en emploi partiel ou dépendantes d’un revenu complémentaire.

Christine Mahy rappelle que ce statut a déjà été suspendu dans d’autres contextes (Covid, inondations, accueil des réfugiés ukrainiens), preuve qu’il n’a rien d’intouchable. Le durcissement actuel apparaît dès lors comme un choix politique, et non une fatalité.

Appauvrir les ménages, c’est affaiblir la société entière

Le discours démonte également l’argument économique dominant. Appauvrir les ménages, c’est consommer moins, se soigner moins, se déplacer moins, renoncer à se loger dignement.
C’est affaiblir l’économie locale, creuser les inégalités et fragiliser le tissu social.

Christine Mahy alerte aussi sur :

  • la remise en cause de la gratuité scolaire,

  • une digitalisation des services publics sans alternatives humaines,

  • la crise du logement,

  • et des politiques migratoires de plus en plus indignes.

2026 : démonter la méritocratie

Moment clé du discours : l’annonce de la campagne 2026 du RWLP, centrée sur la nécessité de démonter la méritocratie.
Cette idéologie prétend que chacun réussirait uniquement par son mérite individuel. Or, rappelle Christine Mahy, personne ne réussit seul. Routes, écoles, hôpitaux, sécurité sociale, universités : tout est financé collectivement.

La méritocratie sert surtout à culpabiliser les pauvres et à justifier des politiques qui prennent dans la poche de ceux qui ont déjà trop peu, tout en épargnant largement les plus riches.

Résister ensemble, renforcer les alliances

Malgré la dureté du constat, le discours se termine sur une note de résistance et d’espoir. Christine Mahy salue la montée en puissance des alliances entre syndicats, associations, jeunes et citoyens.
Les mobilisations à venir — journées d’action, manifestations sociales, luttes féministes, combats pour la justice sociale — montrent qu’une autre société reste possible, à condition de ne pas rester isolés.

Ces Vœux de rue ne sont pas un rituel. Ils sont un appel à l’action, une invitation à refuser l’indifférence et à construire collectivement une société fondée sur la solidarité, la justice sociale et l’égalité des droits.

À écouter et à découvrir

Écoutez l’enregistrement intégral du discours de Christine Mahy et retrouvez nos autres résumés, interviews et reportages réalisés à l’occasion de ces Vœux de rue.
Paroles militantes, analyses et témoignages prolongent cette mobilisation collective et donnent la parole à celles et ceux directement concernés par les politiques sociales actuelles.

Laurent Frémal

 

À propos de l’enregistrement

Vous pouvez écouter le discours de Christine Mahy. Les trois premières minutes de l’enregistrement sont d’une qualité sonore plus faible, en raison des conditions de captation sur l’espace public. Le reste du discours est parfaitement audible. Merci pour votre compréhension.

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