Mobilité en Wallonie : sans transport, pas de droits

par | Fév 12, 2026 | Nos Podcasts, Viva les Droits 2025 | 0 commentaires

quand l’isolement devient invisible (Viva les Droits)

Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 7 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025

Date d’enregistrement :
Lundi 16 décembre 2025,Horaire :14h00 – 16h00

Animation / Intervention principale :Christine Mahy & Laurent Frémal

Pendant Viva les Droits, Radio Solidarité a installé son studio éphémère dans les locaux du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), à Namur. Après deux jours déjà intenses, un constat s’impose : on parle souvent de mobilité comme d’un sujet “technique”… mais sur le terrain, c’est surtout un accès (ou un barrage) à tous les autres droits. Et le thème du jour le résume parfaitement : “Pas de mobilité, pas de recours aux droits.”

Ce podcast donne la parole à celles et ceux qui vivent la réalité au quotidien : Christine Louis (témoin du vécu militante), Louise Guillory (MobileSM, centrale locale de mobilité), Françoise Minguet (RWLP), et Christine Mailly (RWLP) qui recadre le débat : la mobilité ne concerne pas seulement les travailleurs et les étudiants. Elle conditionne l’accès à la santé, l’administration, la justice, la culture, les liens familiaux, les activités sportives, la formation, l’emploi… bref, la vie.

La mobilité, ce droit “invisible” quand il disparaît

L’un des points forts de l’échange est simple, mais terriblement puissant : l’immobilité ne se voit pas. On compte les voyageurs qui montent dans un bus, un train, un taxi social. Mais on ne comptabilise pas celles et ceux qui, à force de galérer, finissent par renoncer : renoncer au rendez-vous, à la formation, au cinéma, au club de sport du petit, à la visite à un proche hospitalisé, à un service social… parce que “c’est trop compliqué”, “trop cher”, “il n’y a pas de correspondance”, “je ne sais pas comment faire”.

Et ce renoncement crée un mécanisme silencieux : isolement, repli, perte de lien, fatigue mentale, parfois honte aussi. La mobilité devient alors un révélateur d’injustice : quand elle manque, tout le reste s’éloigne.

Ruralité : quand le territoire lui-même met des barrières

Le podcast insiste sur une réalité wallonne bien connue… mais rarement assumée politiquement : dès qu’on sort des centres urbains (Namur, Liège, Charleroi, Mons, Arlon…), le maillage se dégrade très vite. Week-ends “vides”, jours fériés “vides”, soirées impossibles, correspondances trop longues, arrêts inexistants, gares qui ferment, lignes menacées, prix qui augmentent.

Dans certaines zones, la mobilité ressemble à un désert : on peut parfois rejoindre une grande gare… mais le “dernier kilomètre” (souvent le plus dur) reste sans solution. Et là, on bascule vers du système D, du privé, ou du renoncement.

MobileSM : orienter, connecter, rendre visible l’offre… quand elle existe

Louise Guillory (MobileSM) explique le rôle d’une centrale locale de mobilité : aider les citoyens à trouver la solution la plus avantageuse, en partant du plus accessible (TEC/SNCB), puis en explorant les opérateurs locaux (CPAS, communes, mutuelles, associations), et seulement ensuite le privé.

Un point clé ressort : l’information est un frein énorme. Beaucoup de personnes ignorent :

  • qu’il existe des aides via les mutuelles (surtout pour les transports médicaux/paramédicaux),

  • que des services communaux/CPAS existent parfois,

  • ou que le transport à la demande (TAD) à finalité sociale se développe.

Mais même avec cette organisation, les limites sont claires : soirées, week-ends, jours fériés = trous noirs. Et quand il n’y a plus d’alternative, on renvoie vers le taxi privé… souvent hors budget.

Témoignage depuis “au milieu des bois” : la mobilité devient une gymnastique quotidienne

Le témoignage de Djamina, éducatrice dans une maison d’accueil en province de Luxembourg, frappe fort. L’établissement est isolé, à plusieurs kilomètres du premier village, et loin d’une ville “importante”. Résultat : aller à la pharmacie, au médecin, à un rendez-vous administratif… devient un puzzle logistique.

La solution ? Faire venir les services, regrouper les rendez-vous, remplir les véhicules au maximum, anticiper parfois 15 jours à l’avance pour trouver un chauffeur. Et au passage, une question qui dérange : est-ce normal que des éducateurs et assistants sociaux deviennent, par nécessité, des chauffeurs ?

L’échange évite le cliché “il faut quitter la ruralité”. Il rappelle aussi que certains lieux retirés peuvent être nécessaires à la reconstruction : se poser, souffler après la rue, retrouver du calme. Mais si ces lieux existent, ils doivent être pris en considération, avec des solutions adaptées, pas avec l’abandon.

Le Miroir Vagabond : “penser mobilité” avant même de penser activité

Élise Jacquemin (Miroir Vagabond) décrit la réalité associative en territoire rural : pour toucher les publics fragilisés, la mobilité n’est pas un détail — c’est le point de départ de chaque action.

Concrètement :

  • on adapte les horaires (démarrer plus tard à cause des bus),

  • on organise des “ramassages” et du covoiturage,

  • on déplace l’activité dans les villages, quartiers, lieux de vie,

  • on assume des coûts énormes, y compris du temps de travail.

Et là, une donnée qui fait mal : des dizaines de milliers d’euros de frais de déplacement, parce que sinon, les gens ne viendront pas… et parce qu’eux-mêmes ne peuvent pas toujours se déplacer. Conclusion : l’associatif compense, mais au prix de moyens, d’énergie, et d’un glissement de mission.

Dinant : quand “avoir une gare” ne suffit pas

Le témoignage de Christine Louis remet les pieds sur terre : même dans une ville qui a une gare, dès qu’on quitte le centre, les services s’éloignent. Les commerces ferment et se déplacent vers les zonings. Le bus ? Parfois toutes les deux heures. Pour l’hôpital, les courses, les démarches : il faut attendre, prévoir, commander des transports bénévoles 24h avant… et encore, ces solutions ne couvrent pas tout (ex. faire ses courses).

Et elle pose une question essentielle : et ceux qui n’ont pas de carte bancaire ? Ceux qui ne comprennent pas les automates ? Ceux qui n’osent plus demander ? L’hyperdigitalisation des titres de transport devient une barrière de plus. Certaines personnes finissent même par ne plus sortir, juste pour éviter la peur de “ne pas savoir faire”.

Tarifs, droits, et casse-tête : quand comprendre devient un luxe

Le podcast montre bien l’enjeu : il y a des dispositifs utiles (ex. abonnement TEC à tarif social), mais ils ne sont pas toujours connus, ni faciles à activer. Et côté SNCB, les changements de tarifs et la complexité des formules créent de l’incertitude, y compris pour les associations.

Le RWLP explique un point très concret : pour permettre la participation des militants, l’idée était de ne pas imposer d’avance de frais. Sauf qu’avec des tickets “uniques”, des procédures, des annulations à anticiper, des envois… l’organisation devient lourde, parfois irréaliste. Encore une fois : ceux qui ont le moins de marge sont ceux à qui on demande le plus d’anticipation.

Vélo, trottinettes, covoiturage : des pistes… mais pas des solutions magiques

Le débat refuse le “yaka”. Oui, le vélo peut aider, si on a la santé, si les routes sont sécurisées, si on peut s’équiper, si on peut garer et protéger le vélo. Sinon, on transforme une “bonne idée” en injonction culpabilisante.

Le covoiturage est présenté comme une piste intéressante, potentiellement créatrice de lien social, mais avec ses limites : fracture numérique, dépendance des personnes sans voiture, risques de tensions, besoin de relais humains. MobileSM évoque une application (Ecomobilis) et souligne le besoin d’accompagnement, notamment pour les publics éloignés du numérique.

Le point politique : ne pas mettre “la charrue avant les bœufs”

La conclusion de Christine Mailly ouvre un enjeu majeur : à partir de 2027, de nouvelles contraintes climatiques vont renchérir les énergies fossiles. Or, dans beaucoup de territoires, la voiture reste indispensable, et ceux qui en dépendent sont parfois ceux qui ont le moins de moyens, avec des véhicules anciens.

Le problème n’est pas l’objectif climatique : il est l’ordre des priorités. Si on augmente les contraintes sans mettre en place des alternatives solides (maillage, TAD, voitures partagées en ruralité, interconnexion, accessibilité tarifaire, accompagnement numérique), on fabrique une injustice supplémentaire — et on risque de retourner l’opinion contre la transition.

Pourquoi écouter ce podcast ?

Parce qu’il ne parle pas “mobilité” comme un sujet abstrait. Il parle de vie réelle : de rendez-vous ratés, de droits non exercés, d’isolement, de fatigue, d’associations qui portent trop, de territoires oubliés… mais aussi de solutions qui existent, d’acteurs qui innovent, et d’une question centrale :

Comment garantir un droit à la mobilité qui permette réellement l’accès aux autres droits, pour toutes et tous, partout en Wallonie ?

Laurent Frémal

Gaza : pourquoi notre humanité s’arrête-t-elle aux frontières ?

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Les images de militants arrêtés en pleine mer.
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Author: Laurent

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