Droit a la santé Et si le droit à la santé devenait enfin une évidence pour toutes et tous ?

par | Fév 11, 2026 | Nos Podcasts, Viva les Droits 2025 | 0 commentaires

quand se soigner dépend du statut, du budget… et du courage

Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 8 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025

Date d’enregistrement :
Mardi 16 décembre 2025,Horaire :16h00 – 18h00

Animation / Intervention principale :Christine Mahy & Laurent Frémal

Pendant trois jours, Radio Solidarité a transformé, avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, des bureaux en studio radio. Un défi humain et technique, mais surtout un choix politique au sens noble du terme : parler de droits, pas de charité. Parce que “Viva les Droits”, c’est refuser l’idée que l’accès à une vie digne serait une récompense, un privilège ou un parcours d’obstacles. C’est rappeler que toute personne qui vit sur le territoire — quelle que soit son histoire, son origine, son statut, son âge — doit pouvoir accéder aux mêmes protections.

Après avoir traversé le logement, l’alimentation, la mobilité… cette émission s’attaque à un “gros morceau” : la santé. Un droit que beaucoup imaginent acquis, parce que la Belgique dispose d’une sécurité sociale, de services, de dispositifs. Mais la question posée en direct est frontale : et si, malgré tout, le droit à la santé n’était pas une évidence pour tout le monde ?

Quand le droit existe… mais que l’accès échappe

L’émission met des mots sur une réalité connue des travailleurs sociaux, des associations et des personnes concernées : une partie de la population reste repoussée hors du droit, parfois pour des raisons de statut, parfois parce que le portefeuille est trop plat, parfois parce qu’on n’arrive tout simplement plus à “tenir” (se déplacer, comprendre, prendre rendez-vous, avancer les frais), parfois enfin parce qu’on a perdu confiance — en soi, dans les institutions, dans un système qui semble demander sans cesse des preuves, des formulaires, des démarches.

Ce que le direct rend visible, c’est la somme des barrières. Une barrière n’arrive jamais seule : quand le logement est instable, quand l’alimentation est incertaine, quand la mobilité coûte trop cher, la santé devient le droit qu’on reporte. On remet un examen à plus tard. On coupe un médicament. On renonce à un spécialiste. Et ce “plus tard” finit souvent par coûter plus cher… humainement et collectivement.

Le planning familial : un service de première ligne… trop méconnu

Premier invité : Thomas Vanderkam, assistant social et animateur EVRAS au planning familial Le Blé en Herbe (Namur). Son intervention casse un cliché : un planning familial, ce n’est pas “juste la contraception”. C’est une boîte à outils tout au long de la vie, ouverte à toutes et tous, avec une équipe pluridisciplinaire (assistant social, psychologues, juriste, médecins, sexologues, conseillères conjugales…).

Thomas explique l’organisation en trois piliers :

  • Accueil (permanences, sans rendez-vous, écoute, première analyse de la demande),

  • Consultations (suivis sur rendez-vous, selon le besoin),

  • Prévention (dont l’EVRAS, bien au-delà de l’école et des obligations).

Un exemple parle à tout le monde : une animation EVRAS peut déclencher, au bon moment, une demande urgente (contraception d’urgence), puis déboucher sur un rendez-vous médical et un accompagnement plus large. C’est du concret : la prévention évite des drames et réduit les renoncements.

Et surtout, Thomas insiste sur un point clé : le prix ne doit jamais être un frein. Les consultations sont encadrées et peuvent être adaptées selon la situation, sans basculer dans une logique intrusive et humiliant de “preuve permanente”.

Mais il révèle aussi le nœud du problème : la saturation. En santé mentale notamment, les listes d’attente se ferment. Et quand le réseau est sous tension partout, réorienter devient un casse-tête. On comprend alors une chose essentielle : le droit à la santé ne se résume pas à “il existe des services”, il se mesure à une question simple : est-ce qu’on peut y accéder, ici et maintenant, sans s’endetter et sans s’épuiser ?

Sans-papiers : “un seul droit”, et une procédure qui humilie

Deuxième intervention marquante : Sandrine Tibangou, formatrice au Monde des Possibles… et femme sans-papiers depuis 8 ans. Elle le dit sans détour : pour les personnes sans titre de séjour, l’accès aux soins se limite à l’Aide Médicale Urgente (AMU). Un dispositif censé protéger, mais qui, dans la pratique, se heurte à des obstacles massifs : procédures lourdes, exigences administratives, peur d’être repéré, difficulté de prouver une adresse, manque d’informations, exclusions de certains soins (lunettes, prothèses dentaires, certains médicaments…).

Sandrine décrit aussi une violence moins visible : le manque d’info entre CPAS et hôpitaux. Résultat : des refus, des factures, des situations où l’on demande de payer malgré des attestations. Le droit devient alors une loterie de guichets, de personnes informées… ou non.

Et c’est là que l’émission bascule dans un récit à la fois dur et admirable : face aux trous du système, des sans-papiers à Liège ont créé une “Sécu Solidaire”, une caisse de soutien alimentée par une cotisation symbolique (quand c’est possible) et par des appuis extérieurs, pour couvrir ce que l’AMU ne couvre pas, aider face aux factures, et même soutenir une partie des démarches juridiques. Un retour à l’histoire des caisses ouvrières d’avant la sécurité sociale… mais en 2026.

Autour de la table, un constat est posé : intégrer la prise en charge des personnes sans-papiers de manière globale serait aussi plus rationnel économiquement. Soigner tôt coûte moins cher que soigner tard. Mais au-delà de l’économie, c’est une question de dignité humaine.

Quand tomber malade fait basculer dans l’endettement

Puis vient un témoignage qui serre le ventre. Yvette Gérard, témoin du vécu militant, raconte la spirale qui suit l’agression grave de son mari : hospitalisation, factures, retards… et puis les huissiers. Elle pousse la porte du CPAS avec confiance. On lui demande ses extraits de compte. Et elle se retrouve dans une procédure qu’elle ne comprend pas, avec une gestion de ses biens, une mise sous contrôle, et la vente de sa maison. Une maison payée. Une maison destinée à leur fille.

La santé, ici, n’est pas seulement un problème médical : c’est un déclencheur d’effondrement social, de dépression, de perte d’emploi, de perte de repères. Et même quand on “s’en sort” administrativement, les séquelles restent. Yvette le résume par une réalité vécue par des milliers de personnes : se soigner quand on compte chaque euro devient un stress permanent.

Elle donne aussi un détail glaçant, pourtant très concret : pour éviter des surcoûts, elle doit demander sans cesse si un spécialiste est conventionné… et parfois, le conventionnement dépend du jour ou de l’heure. Mardi oui, mercredi non. Matin oui, après-midi non. Comment voulez-vous que les gens “choisissent bien” si l’information est inaccessible au moment où ils prennent rendez-vous ?

Malade de longue durée : la précarité qui broie, même quand on veut travailler

Julie (RWLP) rapporte ensuite le témoignage d’Aurélien, expert du vécu au Forum bruxellois contre les inégalités. Dépression, anxiété, parcours de soins, maladie de longue durée… et très vite : perte d’emploi, perte de logement, précarité.

Aurélien veut se réinsérer, reprendre en mi-temps médical. Et il découvre une autre violence : l’irrégularité des revenus, des périodes sans paiement, des loyers en retard, des frais de rappel, des heures passées à tenter de joindre la mutuelle. Et puis l’impôt qui tombe, lourd, imprévisible, impossible à anticiper quand on ne peut rien mettre de côté.

Ce passage démonte une caricature : non, les malades de longue durée ne sont pas une masse de “fraudeurs”. L’émission montre au contraire des personnes qui se battent pour rester debout, pour continuer à contribuer, mais qui se heurtent à des mécanismes qui les fragilisent encore davantage.

Des solutions qui vont vers les gens : les facilitateurs en santé

Enfin, l’émission se tourne vers un levier concret : les Community Health Workers (facilitateurs en santé), présentés par Laura Notelier. Le principe est simple et puissant : aller vers les personnes, au lieu d’attendre qu’elles franchissent seules toutes les portes.

Leur mission : reconnecter aux soins, expliquer le système, informer sur les droits, orienter vers les bons services, accompagner quand c’est nécessaire, et surtout prendre le temps. Parce qu’il faut du temps pour reconstruire la confiance, éviter aux personnes de répéter dix fois leur histoire, et s’assurer que le lien avec le service est réellement fait.

Laura évoque aussi leurs constats de terrain : pénurie de soins (notamment en santé mentale), manque de généralistes, confusion autour du conventionnement à l’hôpital, difficultés de mobilité (y compris pour les personnes à mobilité réduite). Autant de “petites” barrières qui, additionnées, fabriquent une grande injustice : le renoncement aux soins.

Le projet est reconduit pour 2026, mais reste dépendant des décisions annuelles. Et c’est aussi un message de cette émission : quand un dispositif fonctionne, qu’il devient une ressource pour un territoire, le laisser dans la précarité budgétaire, c’est prendre le risque de créer un manque… là où il faudrait du durable.

Une évidence à conquérir

Au fond, ce podcast raconte une chose : le droit à la santé n’est pas une case cochée dans un pays riche. C’est un équilibre fragile entre services disponibles, accessibilité financière, information claire, temps, mobilité, confiance… et respect.

Et c’est exactement l’ADN de Viva les Droits : dire ce qui ne va pas, sans angélisme, mais montrer aussi la combativité, les alliances, les solutions, et cette “niaque” qui refuse de laisser d’autres tomber dans le même trou.

Écoutez l’épisode “Droit à la santé” de Viva les Droits : parce que derrière chaque statistique, il y a des vies, des renoncements, des humiliations évitables… et aussi des chemins possibles vers un droit réel, pour toutes et tous.

Laurent Frémal

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