Logement en Wallonie : la crise qui abîme la santé, le climat… et les droits
Accès, maintien, rénovation… la priorité n°1 contre la pauvreté
Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 5 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025
Date d’enregistrement :
Lundi 15 décembre 2025,Horaire :08h00 – 10h00
Animation / Intervention principale :Laurent Fremal
Logement : le droit qui tient tous les autres droits debout
Pendant Viva les Droits, Radio Solidarité et le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté ont consacré deux heures à un sujet qui dépasse largement “un toit au-dessus de la tête”. Le logement, c’est la sécurité, le confort, la dignité, la possibilité de “se sentir chez soi”, d’avoir un endroit où déposer ses souvenirs, inviter quelqu’un, se reposer, se reconstruire. Et pourtant, en Wallonie, ce droit fondamental est pris dans une crise durable : le logement est devenu un bien soumis à la loi du marché, avec des prix qui montent, des candidats qui s’accumulent… et des ménages qui craquent.
Dès l’ouverture, Amandine Poncin (RWLP) le rappelle : pour les personnes en situation de pauvreté, l’accès et le maintien dans un logement décent est le levier n°1 pour sortir de la pauvreté. Sauf qu’aujourd’hui, la réalité du terrain ressemble à une course d’obstacles permanente : loyers trop élevés, offres rares, discriminations implicites via le “meilleur profil”, stress constant, peur de l’expulsion, et un sentiment d’impasse.
Une crise de l’accès : quand chercher un logement devient anxiogène
Le constat est brutal : dans le privé, le loyer moyen évoqué dans l’émission grimpe autour de 879 € par mois. Pour des “portefeuilles plats”, c’est souvent impossible. Et même quand un logement apparaît sur le marché, il y a parfois 40 à 50 candidatures pour un seul bien. Résultat : ce droit essentiel se transforme en compétition où ceux qui ont déjà le moins… sont ceux qui passent après.
En parallèle, les mécanismes de loyers régulés ne pèsent pas assez lourd pour absorber la demande. L’émission rappelle un chiffre qui résume la tension : environ 50.000 ménages attendent un logement public. Derrière ce nombre, il y a des familles qui paient trop cher, qui renoncent à d’autres dépenses vitales, et qui vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
“Passoires énergétiques” : la précarité qui rend malade
La discussion bascule vite sur un point souvent invisibilisé : le logement, c’est aussi de la santé. Quand le choix se résume à un logement “moins cher” mais humide, mal isolé, froid l’hiver et invivable l’été, peut-on encore parler de choix ?
Amandine décrit ces logements comme des “passoires énergétiques” (ou “bouilloires” selon la saison). Dans le jargon, on parle de PEB F ou G. Dans la vraie vie, cela veut dire :
-
moisissures et humidité persistantes,
-
chauffage insuffisant,
-
douches chaudes comptées,
-
douleurs respiratoires, asthme, fatigue, stress,
-
honte d’inviter chez soi, isolement social.
Un exemple raconté à l’antenne résume tout : des personnes se soignent “sans fin” pour des problèmes respiratoires, mais tant que la moisissure reste là, le traitement ne peut pas vraiment fonctionner. Le logement devient alors une cause permanente de maladie.
Et les conséquences s’étendent : l’émission rappelle aussi l’impact sur les enfants, avec des journées d’école manquées liées aux conditions de vie au domicile. Quand le logement craque, l’école, la santé et la vie sociale suivent.
Propriétaires précaires : “être propriétaire ne sauve pas”
Autre idée reçue démontée en direct : devenir propriétaire ne protège pas automatiquement de la pauvreté. Pascal Baillère, témoin du vécu militant, raconte son parcours : devenue propriétaire à 100 % depuis janvier 2025, elle pensait souffler. Mais la réalité s’impose immédiatement : la maison vieillit, les châssis datent, la toiture fatigue, la rénovation devient urgente… et tout coûte trop cher.
Pascal explique avoir tenté de se renseigner sur les primes et aides… au mauvais moment : elle apprend que le système change, et qu’elle ne pourra pas en bénéficier comme elle l’espérait. Derrière son témoignage, une mécanique revient sans cesse : même quand des aides existent, elles restent souvent hors d’atteinte pour ceux qui en ont le plus besoin.
Pourquoi ? Parce que :
-
les prêts à taux zéro supposent malgré tout une capacité de remboursement et des conditions (non-fichage, stabilité financière, etc.) ;
-
les primes demandent souvent un préfinancement (avancer parfois des milliers d’euros), puis attendre le remboursement ;
-
l’information est complexe, dispersée, technique ;
-
et quand on est isolé, on ne sait même pas par où commencer, ni à qui faire confiance.
La question de Pascal frappe juste : “Qui aide les gens qui sont isolés ? Vers quelle porte frapper pour ne pas se faire arnaquer ?”
Accompagnement : comprendre un devis, éviter les pièges, passer à l’acte
Yvan Sténion (plateforme de rénovation énergétique Enestia) met un mot sur le “trou noir” de la rénovation : le passage à l’acte. Entre les recommandations d’un audit et le chantier réel, il y a :
-
des démarches administratives lourdes,
-
des devis incomparables,
-
des entrepreneurs difficiles à évaluer,
-
parfois des besoins d’architecte ou d’ingénieur stabilité,
-
des normes, permis et documents à fournir.
Son équipe accompagne les propriétaires sur la comparaison des devis (“comparer des poissons avec des poissons”), le suivi des travaux, et la constitution du dossier pour les primes, avec un point important : l’énergie ne doit pas écraser le reste. Avant de viser la performance, il faut souvent régler la salubrité et la sécurité (humidité, stabilité, installations gaz/électricité).
Mais là encore, une limite ressort : les plateformes ne couvrent pas toutes les communes. L’émission cite l’existence d’environ 12 plateformes, utiles mais insuffisantes pour une couverture complète et équitable du territoire.
SAMI : quand la santé révèle l’urgence du logement
Au téléphone, Diane Servais présente le SAMI (Service d’Analyse des Milieux Intérieurs). Leur mission : améliorer la santé en évaluant l’habitation quand un médecin suspecte un lien entre symptômes et logement. Ils constatent que 70 à 80 % des situations concernent l’humidité et ses conséquences (infiltrations, condensation, humidité ascensionnelle), avec prélèvements et analyses en laboratoire pour identifier les moisissures.
Point clé : l’intervention est gratuite, mais elle nécessite une demande médicale, ce qui a alimenté un échange fort sur la prévention. La discussion montre un paradoxe : on sait que le logement rend malade, mais on agit souvent quand la maladie est déjà là. Le SAMI donne des conseils, mais son rapport n’est pas contraignant, et surtout, quand on est locataire, faire bouger les choses reste très compliqué.
“Un toit, c’est le premier médicament” : Housing First et urgence sociale
Avec Laura Gauphard (Infirmiers de rue), la discussion rejoint la rue : pour les personnes sans-abri, le logement stable est la condition de base de tout le reste. Se soigner dehors n’est qu’un pansement. Pour elle, le logement est clairement une partie du traitement : il stabilise, protège, permet de reprendre une autonomie, et réduit les risques (saisons, agressions, accidents, consommations).
Un passage important de l’entretien casse une phrase qu’on entend trop souvent : “Mieux vaut un logement insalubre que la rue.” La réponse est nette : non. Un logement indigne détruit la santé physique et mentale, et rend la sortie de la rue fragile, voire impossible. Housing First doit aller avec des logements de qualité, non négociables.
Laura évoque aussi un autre scandale : il existe des logements vides, mais la remise sur le marché dépend de la volonté politique locale, de l’état réel des biens, et de la lutte contre les marchands de sommeil. Sans mobilisation, la pénurie continue… même quand des portes restent fermées.
Inondations 2021 : reconstruire “à l’identique”, une fausse solution
Avec Maria Alonso, le logement se relie au climat de manière très concrète : les inondations de juillet 2021 ont frappé des milliers de ménages dans la vallée de la Vesdre, avec des vies brisées, des maisons détruites, une ville traumatisée.
Quatre ans plus tard, Maria alerte :
-
des personnes sont passées “sous les radars” (hébergement chez proches, sans dossier officiel) ;
-
des maisons sont restées dans un état proche du “lendemain des inondations” ;
-
des ménages étaient peu ou pas assurés ;
-
d’autres ont pu rénover… mais seulement à l’identique, faute de moyens, même si l’avenir exige des bâtiments résilients (nouvelles inondations, vagues de chaleur).
Son message est clair : on aurait dû permettre de reconstruire intelligemment, en prévention, au lieu de réparer comme avant et “prier” pour qu’il y ait moins de victimes la prochaine fois. Elle rappelle aussi une réalité douloureuse : certains sinistrés se sont fait piéger par des entrepreneurs véreux, et restent bloqués des années après.
Ce que cet épisode dit, au fond : logement, climat, santé… c’est un même combat
La conclusion d’Amandine résume l’essentiel : ce débat “logement-rénovation” parlait aussi de revenus, énergie, alimentation, mobilité, aménagement du territoire, justice climatique, santé mentale, isolement social. Le logement est la clé qui tient le reste. Si on rate le logement, on rate la transition, on rate la santé, on rate l’égalité réelle.
Le message envoyé aux décideurs est frontal : faire du logement une priorité n°1, avec des solutions accessibles aux ménages les plus précaires, des aides compréhensibles, un accompagnement massif sur tout le territoire, et une rénovation qui ne devient pas une “double ou triple peine” pour ceux qui vivent déjà dans les logements les plus énergivores… et les plus dangereux.
À écouter
Cet épisode fait entendre des voix de terrain, des réalités vécues, et des pistes concrètes : SAMI, plateformes de rénovation, Housing First, lutte contre l’insalubrité et les logements vides, et surtout une idée simple : un logement digne n’est pas un luxe — c’est un droit.
Écoutez l’épisode “Logement / Rénovation” de Viva les Droits (Radio Solidarité x RWLP) et partagez-le autour de vous : c’est aussi comme ça qu’on pèse dans le débat public.
Laurent Frémal
Fin de mois, fin de droits » – Vœux de rue 2026 avec Christine Mahy
Au cœur des échanges : les réformes du chômage, la fin des droits, le statut cohabitant, la défense des services publics et la nécessité de démonter le mythe de la méritocratie. Une parole ancrée dans le réel, portée par les luttes sociales, les alliances associatives et la solidarité.
Vœux de rue 2026 : quand la fin du mois devient une fin de droits
Fin de mois, fin de droits.
Lors des Vœux de rue 2026, Christine Mahy (RWLP) alerte sur les conséquences humaines des réformes du chômage, le statut cohabitant et l’affaiblissement des services publics. Un discours fort qui appelle à démonter le mythe de la méritocratie et à renforcer les alliances pour la justice sociale.
Droit à l’info : guichet humain ou écran mur ?
Et si le numérique, censé simplifier nos vies, devenait un obstacle à nos droits fondamentaux ?
Dans cet épisode de Viva les Droits, enregistré en direct à Namur, nous donnons la parole à des acteurs de terrain et à une témoin du vécu pour comprendre comment la fracture numérique impacte l’accès au logement, à l’emploi, à la santé et à l’information.
Entre disparition des guichets humains, complexité administrative en ligne, concentration des médias et montée des fake news, une question s’impose : le progrès technologique est-il encore au service de tous ?
Le Ramdam Festival de Tournai tire sa révérence
Après dix jours de projections, de débats et d’émotions fortes, le Ramdam Festival de Tournai a dévoilé un palmarès à la hauteur de son ADN : des films qui dérangent, questionnent et marquent durablement les esprits. Courts, longs-métrages, documentaires et fictions engagées ont une nouvelle fois prouvé que le cinéma peut être un puissant outil de réflexion et de dialogue. Radio Solidarité vous propose de revenir sur les temps forts du festival, ses coups de cœur et les œuvres à ne pas manquer.
Un Mic Une Cam au RamDam Festival
Balance ton short !
Au Tournai Ramdam Festival, le concours Balance ton short ! donne carte blanche aux créateurs pour réaliser, en deux minutes maximum, des courts-métrages sur des sujets qui dérangent. Radio Solidarité vous propose une interview pour découvrir l’esprit de ce concours engagé, qui encourage la créativité, la liberté d’expression et le cinéma comme outil de réflexion et de dialogue.
Dans les coulisses d’un festival qui tient debout grâce à ses bénévoles
Depuis seize ans, le Ramdam Festival – le festival du film qui dérange – grandit sans perdre son âme. Derrière les projections et les débats engagés, les bénévoles sont le cœur battant de l’événement. Miguel, bénévole depuis la toute première édition, partage avec Radio Solidarité son regard sur l’évolution du festival, l’esprit familial qui le caractérise et ces rencontres humaines qui donnent tout son sens au cinéma engagé.
Sirât,
Présenté dans le cadre du RamDam Festival, Sirât d’Oliver Laxe s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale d’un festival dédié aux films qui interrogent et bousculent les regards. Récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes, ce long-métrage tourné dans le désert marocain propose une expérience de cinéma sensorielle et contemplative, loin des récits formatés.
Notre correspondant marocain Ahmed livre une analyse sensible de cette œuvre singulière, où l’image, le rythme et l’atmosphère prennent le pas sur la narration classique.
Gadjé : au RamDam Festival
Au RamDam Festival de Tournai, Radio Solidarité a rencontré Georges Vanev, réalisateur belgo-bulgare de Gadjé. Le film raconte l’amour d’été entre Niki et Nadé, jeune fille rom, jusqu’au moment où la pression familiale et le racisme “ordinaire” viennent écraser leur relation. Refusant les clichés, Vanev a fait le choix non négociable de tourner avec des acteurs roms, en collaboration avec l’association Arrété Youth à Sofia. Pour découvrir l’envers du décor et la parole du réalisateur, écoutez le podcast en ligne sur Radio Solidarité.
Un silence plus fort que les mots
Dimanche matin, à 9h00, le RamDam Festival de Tournai ouvre sa journée avec La voix de Hind Raja. La salle est comble, le silence s’installe immédiatement. Tout au long de la projection, les regards restent fixés à l’écran, les émotions sont visibles, les yeux rougis par les larmes.
Lorsque le générique débute, personne ne se lève. Aucun bruit. Quelques lampes de téléphones s’allument timidement dans l’obscurité, révélant des visages marqués. Les spectateurs quittent finalement la salle dans un silence solennel, comme pour prolonger ce moment suspendu. Un instant rare, où le cinéma devient un espace de recueillement et de mémoire.
Soutenez Radio Solidarité !
Soutenez Radio Solidarité, la voix qui unit !
adio Solidarité est une radio libre, citoyenne et indépendante. Nous ne recevons aucun subside public, car nous tenons à préserver notre autonomie éditoriale et à rester proches de celles et ceux qui font vivre la solidarité au quotidien.
Informer, éduquer, divertir et donner la parole à tous, c’est notre mission. Mais pour continuer à diffuser 24h/24, animer nos émissions, assurer la maintenance du matériel et couvrir les frais de fonctionnement, nous avons besoin de vous.
Chaque don, même modeste, nous aide à poursuivre cette belle aventure collective.
Vous pouvez faire un virement sur le compte de New Line Info asbl (VDK Banque) :
BE62 8940 0156 3461
Ensemble, faisons vivre la radio qui donne la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas ailleurs.























