Un cri doux pour la Terre et pour nos enfants
Animal Totem
Deuxième jour du FIFF, et déjà un moment suspendu.
Avec Animal Totem, Benoît Delépine signe un film rare, un de ceux qui respirent lentement, écoutent le vent, et rappellent à l’humain qu’il n’est qu’un invité parmi d’autres sur cette planète.
À la sortie de la projection, le public est resté longtemps silencieux, comme pour prolonger la marche de Darius, interprété par un Samir Guesmi bouleversant d’humanité.
Un film né d’une colère juste
« Il y avait une usine de bitumineux qui menaçait de s’installer près de chez moi, » explique Benoît Delépine, « et avec des habitants, on s’est battus. L’usine ne s’est pas faite, mais j’étais tellement en rage que j’ai eu besoin de me venger symboliquement, artistiquement. »
De cette lutte locale est né un film universel : une marche lente, poétique, mais chargée de sens. Une œuvre qui parle de polluants éternels, de cancers, de pesticides… et surtout d’espoir.
Le regard des animaux, le silence des hommes
Animal Totem est un film sans excès, presque sans dialogues, où l’on apprend à écouter autrement.
« Ce n’est pas un film sur la nature, c’est un film avec la nature, » résume un spectateur.
Les animaux y sont des guides, les paysages des confidents.
Delépine parle de « fable » plutôt que de fiction : « C’est un conte. Dans toute fable, il faut un ogre. Moi, je voulais qu’on voie le prédateur et la proie, et que ce rapport s’inverse. »
“Les enfants, nous sommes en train de les oublier”
C’est la phrase la plus forte du film.
Une réplique que Samir Guesmi avoue avoir eu du mal à prononcer :
« On a refait plusieurs prises… Je n’y arrivais pas. C’est comme si je ne voulais pas me dire une chose pareille. »
Et Benoît Delépine d’ajouter :
« C’est un film pour les enfants, pour l’avenir des enfants. Je me sens redevable d’eux. On ne leur fait pas un cadeau avec ce qu’on fait. »
Ces mots résonnent comme une alarme douce, un rappel à la responsabilité.
La salle a retenu son souffle.
Un moment d’émotion rare, simple, vrai.
Tourner autrement
Sur le tournage aussi, l’équipe a voulu être cohérente :
« Plus de bouteilles en plastique, chacun sa gourde, moins de trajets inutiles, un budget réduit, mais un vrai bilan carbone quasi nul, » explique Delépine.
« L’écologie, c’est faire moins : moins consommer, moins gaspiller, mais filmer mieux. »
L’acteur renchérit : « On finissait nos assiettes, on allait à pied quand c’était possible… et on riait beaucoup. »
Entre poésie, révolte et solidarité
Ce film, c’est une marche intérieure.
Une façon de dire “non” sans hurler, de regarder sans accuser.
Benoît Delépine le dit sans détour :
« On ne peut pas continuer comme ça. On détruit la nature, on oublie nos enfants. Mais je crois encore au bon sens, à la solidarité, à la jeunesse. »
Et quand on lui demande comment il voit l’avenir du genre humain :
« Il va continuer à se débattre, à tomber et à se relever… On a la tête sous l’eau, mais on finira par ressortir, peut-être avec des poissons dans la bouche. »
Une image absurde, drôle et bouleversante, à l’image du film.
Quand l’art devient acte de résistance.
Animal Totem n’est pas seulement un film sur l’écologie.
C’est un acte de résistance poétique, une fable sur la responsabilité collective, et un appel à la solidarité entre générations.
À travers le regard d’un homme et d’un renard, Delépine nous invite à repenser notre place dans le monde.
Un film pour celles et ceux qui croient encore qu’un cinéma sincère peut changer les consciences.
Sortie officielle en France de Animal Totem est prévue pour le 10 décembre 2025.
Laurent Frémal
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