DOSSIER D’ENQUÊTE – Fracture numérique
en 2025, une urgence toujours invisible
En 2025, alors que l’intelligence artificielle, les démarches en ligne, les formations à distance ou les applications mobiles font partie intégrante de notre quotidien, une partie importante de la population belge reste mise à l’écart. On appelle cela la fracture numérique. Un mot souvent entendu, rarement compris dans toute son ampleur.
Ce dossier ne propose pas de solution toute faite, mais une exploration lucide : qu’entend-on par fracture numérique en 2025 ? Qui est concerné ? Que peuvent les technologies, et notamment l’IA, pour lutter contre ce phénomène ? Et surtout : quelles pistes de réflexion devons-nous collectivement suivre pour que cette fracture ne devienne pas un gouffre ?
1. Fracture numérique : définition actualisée en 2025
Traditionnellement, on définissait la fracture numérique comme l’écart entre ceux qui ont accès à Internet et ceux qui ne l’ont pas. Mais en 2025, cette définition est dépassée. En Belgique, 95 % des foyers sont désormais connectés. Pourtant, le fossé ne s’est pas refermé.
Aujourd’hui, on distingue trois niveaux de fracture numérique :
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L’accès : ne pas avoir d’appareil (ordinateur, tablette), une mauvaise connexion ou aucun abonnement.
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Les compétences : savoir utiliser un navigateur, envoyer un mail, remplir un formulaire, reconnaître une arnaque.
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L’usage critique : comprendre les enjeux, sécuriser ses données, distinguer le vrai du faux, utiliser l’IA sans se faire manipuler.
C’est ce troisième niveau, plus invisible, qui est désormais le plus préoccupant. Car être connecté ne signifie pas être inclus.
2. Qui sont les invisibles du numérique ?
La fracture numérique touche un public hétérogène, souvent déjà fragilisé par d’autres inégalités :
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Les seniors, confrontés à des outils qui changent trop vite, et souvent mal accompagnés.
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Les personnes en situation de précarité, pour qui le numérique est un luxe ou une source d’humiliation.
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Les personnes peu alphabétisées, qui rencontrent un double obstacle : linguistique et technique.
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Les personnes migrantes, qui doivent comprendre un système administratif étranger, souvent 100% digitalisé.
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Les jeunes en rupture scolaire, qui maîtrisent TikTok, mais pas un PDF, un e-mail ou une visioconférence.
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Les personnes handicapées, quand les sites ne sont pas pensés pour l’accessibilité.
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Les familles monoparentales, souvent seules face aux devoirs numériques ou aux démarches pour les enfants.
Ce ne sont pas des exceptions. Ce sont des millions de personnes. En 2024, 1 Belge sur 4 déclarait ne pas être à l’aise avec l’administration en ligne.
3. Technologies : espoir ou illusion ?
Les outils numériques sont partout, y compris dans le secteur social : simulateurs de droits, applications pour trouver un logement, plateformes de formation gratuite…
Mais ces outils posent une question : pour qui sont-ils pensés ? Trop souvent, les plateformes sont créées sans concertation avec les publics vulnérables, ce qui les rend illisibles, voire inutilisables.
Le numérique peut exclure sans le vouloir, par des choix de design, de vocabulaire, ou de format. Mais il peut aussi devenir un formidable levier, à condition d’être accompagné humainement.
Des associations innovent :
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Des ateliers d’initiation numérique dans les maisons de quartier.
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Des espaces publics numériques (EPN) avec des animateurs formés.
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Des vidéos pédagogiques traduites pour les primo-arrivants.
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Des formations ludiques sur smartphone.
Le défi n’est pas de distribuer des tablettes, mais de donner du sens à leur usage.
4. IA : un nouvel outil pour l’inclusion numérique ?
L’intelligence artificielle – ChatGPT, traducteurs automatiques, générateurs de documents – peut sembler intimidante. Et pourtant, elle offre un potentiel immense pour ceux qui en sont éloignés.
Voici quelques usages concrets et accessibles :
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Rédiger un CV ou une lettre de motivation, même quand on ne maîtrise pas bien le français.
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Comprendre un document administratif en posant des questions simples à une IA.
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Traduire instantanément un message ou une procédure.
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Créer une présentation visuelle (via Canva + IA) sans formation technique.
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Réécouter un contenu compliqué en version simplifiée.
Mais cela pose des questions éthiques et pratiques :
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Qui contrôle l’information générée ?
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Comment éviter la désinformation ?
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Qui accompagne l’usager dans cette utilisation ?
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Comment ne pas créer une dépendance à un outil qu’on ne comprend pas ?
L’IA ne doit pas remplacer l’humain. Elle doit l’augmenter, dans un cadre éthique, social, pédagogique.
5. Et maintenant ? Réflexions pour demain
Plutôt que d’empiler des solutions, posons quelques questions fondamentales :
– Le numérique doit-il être un droit fondamental reconnu ?
Accéder à ses droits en ligne est aujourd’hui aussi vital que l’accès à l’eau ou à l’électricité. Ne pas avoir de connexion stable ou de compétences numériques, c’est être privé d’autonomie.
– Peut-on concevoir des outils à partir de la parole des usagers ?
Et si on écoutait les bénéficiaires avant de créer les services numériques ? Cela éviterait bien des échecs.
– Comment valoriser les compétences informelles ?
Savoir faire un montage sur smartphone, utiliser WhatsApp pour communiquer avec une administration, aider un voisin à remplir un formulaire, ce sont des compétences numériques. Pourquoi ne pas les reconnaître ?
– Le lien social peut-il être recréé par le numérique ?
L’accompagnement doit être collectif, humain, chaleureux. Une salle avec du wifi, ce n’est pas de l’inclusion. Une main tendue, oui.
Fracture ou faille ?
La fracture numérique est une faille dans notre démocratie. Elle ne se voit pas. Elle ne crie pas. Mais elle marginalise des milliers de personnes chaque jour.
En 2025, il ne suffit plus de distribuer des ordinateurs ou d’installer la fibre. Il faut former, écouter, accompagner. Il faut aussi politiser cette question, sans la réduire à une compétence technique. Parce qu’au fond, lutter contre la fracture numérique, c’est lutter pour une société plus juste, plus accessible, plus humaine.
Laurent Frémal
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