« Résister se conjugue toujours au présent. »
Une captation publique, vivante et imparfaite
Avant toute chose, il faut le dire honnêtement : ce podcast n’est pas une production studio parfaitement calibrée.
Le son fluctue parfois.
Certaines voix sont plus lointaines.
Des applaudissements couvrent quelques phrases.
Des micros saturent par moments.
Mais cette captation a été réalisée en public, dans les conditions réelles d’une soirée militante et mémorielle. Et finalement, une question traverse tout cet enregistrement :
Qu’est-ce qui compte le plus ?
La perfection technique… ou la force des histoires racontées ?
Chez Radio Solidarité, nous avons choisi depuis longtemps notre réponse.
Parce qu’au-delà des imperfections sonores, ce qui ressort de cette soirée, ce sont des paroles puissantes. Des récits qui frappent. Des témoignages qui rappellent que le fascisme, les exclusions et les violences ne sont pas seulement des souvenirs du passé.
Ellen De Soete : « La mémoire est un devoir »
L’un des moments les plus forts du podcast est sans doute le témoignage d’Ellen De Soete, présidente de la Coalition 8 Mai nationale. Elle y raconte l’histoire de sa mère, entrée dans la Résistance à seulement 17 ans à Bruges. Agent de liaison, transporteuse d’armes et de dynamite, elle sera arrêtée et torturée par la Gestapo sans jamais dénoncer ses camarades. Son frère Albert sera fusillé avec 60 autres résistants.
À travers ce récit familial, Ellen rappelle que le fascisme ne commence pas toujours avec des uniformes ou des bottes militaires :
« Le fascisme commence parfois par des mots. »
Des mots qui divisent.
Des discours qui opposent les pauvres, les migrants, les minorités ou les syndicats.
Des discours qui rendent progressivement l’inacceptable acceptable.
Des résistantes invisibilisées par l’Histoire
Tout au long de la soirée, plusieurs femmes ont présenté le parcours de résistantes belges trop souvent oubliées.
Marie Mercier, résistante communiste, transformait son café en lieu de refuge et de passage clandestin pour les personnes traquées par les nazis. Après la guerre, elle deviendra l’une des premières femmes bourgmestres de Belgique.
Marie-Noël, originaire de Viroinval, cachait des réfractaires, distribuait des journaux clandestins et ravitaillait le maquis avant d’être déportée à Ravensbrück où elle mourra quelques semaines avant la Libération.
Lucienne Pagès, surnommée « la rusée Lully », utilisait l’intelligence, la discrétion et la ruse comme armes de résistance. Son histoire a été reliée aux luttes LGBTQIA+, antiracistes et féministes actuelles par Kira, militante trans noire et migrante.
Monique, Simone, Joséphine, Hélène ou encore Madeleine ont également été mises à l’honneur à travers des témoignages bouleversants mêlant mémoire historique et combats sociaux contemporains.
Résister aujourd’hui : pauvreté, syndicalisme et droits humains
Cette soirée ne s’est jamais limitée à la mémoire du passé.
Chaque intervenante a fait le lien avec les résistances d’aujourd’hui : lutte contre la pauvreté, montée de l’extrême droite, discriminations, violences sociales, racisme, homophobie, transphobie ou destruction des droits sociaux.
Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a livré un témoignage particulièrement fort sur les mécanismes d’exclusion sociale et sur la manière dont certaines politiques désignent les pauvres comme responsables de leur situation.
Elle rappelle que résister, aujourd’hui, c’est aussi défendre le droit à la dignité humaine :
« Ça ira et il y aura un demain. »
De son côté, Malika a présenté son « Escape Game Extrême Droite », un outil pédagogique destiné à sensibiliser les jeunes et les travailleurs aux mécanismes de propagation des idées fascisantes et des discours de haine.
Gaza, migrations, camps et nouvelles formes de fascisme
Impossible également d’ignorer la portée politique de certains témoignages.
Plusieurs intervenantes ont évoqué Gaza, les camps de réfugiés, les politiques migratoires européennes, les violences policières ou encore les nouvelles formes de surveillance et d’enfermement.
Le slam final de Julie Lombé a probablement marqué durablement la salle. Dans un texte d’une intensité rare, elle relie les camps nazis d’hier aux centres fermés, aux politiques migratoires et aux logiques d’exclusion actuelles. Elle rappelle que les mécanismes de déshumanisation existent encore aujourd’hui sous d’autres formes.
Son texte est à la fois une alerte, une colère et un appel à continuer à parler, écrire, créer et résister.
Une soirée de mémoire… mais surtout de transmission
Ce podcast n’est pas seulement un document sonore.
C’est un morceau de mémoire collective.
Une archive vivante.
Un témoignage politique.
Une transmission.
Dans une époque où les idées d’extrême droite progressent partout en Europe, cette soirée rappelle que les résistantes d’hier ne sont pas des statues figées dans les livres d’Histoire.
Elles vivent encore à travers celles et ceux qui refusent aujourd’hui l’injustice, la haine et l’exclusion.
Et comme le rappelle le générique de fin :
« Derrière leurs noms, il y en a des milliers d’autres. »