Droit à l’info : guichet humain ou écran mur ?
Tout va plus vite. Tout se digitalise.
Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 2 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025
Date d’enregistrement :
Lundi 15 décembre 2025,Horaire :10h00 – 12h00
Animation / Intervention principale :Laurent Fremal
Tout va plus vite. Tout se numérise. Tout “s’optimise”.
Un rendez-vous médical, une demande d’aide, un dossier chômage, une facture d’hôpital, une inscription scolaire, une recherche de logement, une candidature… en Belgique comme ailleurs, l’accès aux droits passe de plus en plus par le numérique.
Sur le papier, ça semble logique : gain de temps, simplification, automatisation.
Dans la réalité, pour une partie énorme de la population, cette bascule ressemble plutôt à une phrase qu’on n’ose pas dire à voix haute :
“Si tu n’es pas connecté, tu n’existes pas.”
Ce nouvel épisode de Viva les Droits, enregistré en direct à Namur (rue Marie-Henriette) au Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, met des mots clairs sur un problème qui grandit : le droit à l’information et aux outils de la communication est en train de devenir un droit à géométrie variable.
Autour de la table :
-
Sylvie Pinchard (Lire et Écrire)
-
Gaëlle (Réseau wallon de lutte contre la pauvreté / Réseau Allons)
-
Françoise Guilouiche, témoin du vécu militante
-
Yves Rézière (revue Tchak / collectif Kiosk)
-
Et par téléphone : Sarah Frère (Imagine / Association des journalistes professionnels – AJP)
En deux heures d’échanges, une évidence s’impose : la technologie peut aider, oui.
Mais si elle remplace le lien humain, si elle devient la seule porte d’entrée, elle produit l’inverse du progrès : elle fabrique du non-droit.
Un droit essentiel : accéder à l’information… pour accéder aux droits
Le point de départ de l’émission est simple : parler de technologie, ce n’est pas parler de gadgets.
C’est parler d’un droit concret : le droit d’avoir accès à l’information, et donc le droit d’avoir accès aux démarches, aux services, aux décisions qui nous concernent.
Sylvie Pinchard rappelle un principe fondamental : apprendre à lire, écrire, compter, ce n’est pas une fin en soi. C’est un outil d’émancipation. Et l’accès à l’information fait partie de cet enjeu : comprendre, s’approprier, développer un esprit critique, se repérer dans un monde saturé de messages.
Mais aujourd’hui, la difficulté n’est pas seulement “comprendre” l’information.
La difficulté, c’est parfois d’y accéder.
Et quand l’information devient inaccessible, ce ne sont pas des “petits tracas”.
Ce sont des droits essentiels qui se grippent : logement, emploi, santé, mobilité, aide sociale, justice…
La fracture numérique n’est pas une rumeur : elle est massive
Gaëlle met des mots très concrets sur ce qui se joue : on parle souvent de “fracture numérique”, mais ce terme est parfois trop vague. Dans l’émission, il prend un visage : la vulnérabilité numérique.
Et surtout, un point revient : la fracture ne se résume pas au matériel.
Oui, il faut un smartphone ou un ordinateur.
Oui, il faut une connexion Internet.
Oui, tout ça coûte de l’argent.
Mais même quand l’équipement est là, une autre fracture s’installe : la fracture administrative.
Celle où une personne se retrouve face à un formulaire incompréhensible, une procédure rigide, des cases qui ne correspondent pas à sa situation, des délais, des mots obscurs, des “cliquez ici” qui renvoient à “cliquez là”… et aucune personne en face pour expliquer.
Dans l’émission, on le comprend très vite :
un ordinateur ne remplace pas un guichet.
Il peut aider. Il peut accélérer. Mais il ne remplace pas un être humain.
Le cœur du problème : la disparition du “guichet humain”
Le moment le plus fort de cette émission, c’est quand Françoise prend la parole.
Elle ne parle pas en théorie. Elle parle du quotidien :
-
“Je sais lire, mais envoyer, c’est compliqué.”
-
“Pour mes papiers de pension, je ne comprenais pas.”
-
“Moi, je privilégie les guichets avec une personne.”
-
“Les guichets sont de moins en moins accessibles.”
-
“Même retirer de l’argent, c’est compliqué : il y a de moins en moins de distributeurs.”
Ce témoignage remet tout en place : ce n’est pas une question de “motivation” ou de “bonne volonté”.
C’est une question de réalité.
Françoise raconte aussi ce que beaucoup vivent : quand tout devient numérique, on dépend des autres. Un voisin, un enfant, une personne de l’association, un bénévole… et cette dépendance touche directement à quelque chose de très intime : la vie privée.
Sylvie réagit d’ailleurs très clairement : la numérisation peut forcer des personnes à demander de l’aide pour des démarches sensibles (paiements, santé, dossiers personnels). Résultat : on perd de l’autonomie et parfois même le droit à l’intimité.
Ce n’est plus un simple “inconfort”.
C’est un enjeu de dignité humaine.
“Donner un ordinateur” n’est pas une solution
Pendant le Covid, des initiatives ont existé : distribution d’ordinateurs, aides ponctuelles, outillage… Gaëlle cite notamment des projets comme Fibre solidaire, et rappelle que oui, ces actions sont utiles.
Mais l’émission est très claire : donner un ordinateur sans formation, sans accompagnement, sans continuité, ce n’est pas une solution structurelle.
Pourquoi ?
-
Il faut une connexion : abonnement Internet, 4G, coûts permanents.
-
Il faut du temps : apprendre, pratiquer, se tromper, recommencer.
-
Les interfaces changent sans cesse : mises à jour, obsolescence, nouvelles applis.
-
Les démarches urgentes n’attendent pas : on ne peut pas dire à quelqu’un “revenez dans 3 ans, après formation”.
Autrement dit : oui, le numérique fait partie du monde.
Mais si l’accès aux droits dépend de la maîtrise d’outils instables et coûteux, alors on fabrique un système injuste.
La solution portée dans l’émission : le “multicanal” obligatoire
C’est un mot un peu technique, mais il est central dans l’épisode : le multicanal.
Sylvie insiste : un service public, un service d’intérêt général, ne peut pas numériser… puis supprimer tout le reste.
La revendication est claire : maintenir plusieurs portes d’entrée :
-
un guichet humain (présentiel)
-
le téléphone
-
le papier / la voie postale
-
le numérique
Pourquoi ? Parce que l’égalité d’accès ne se décrète pas uniquement via une application.
Elle se garantit via des alternatives.
Et l’émission rappelle quelque chose d’essentiel :
ce qui est accessible pour les plus vulnérables améliore le service pour tout le monde.
Demain, n’importe qui peut se retrouver face à une situation “hors formulaire”, une urgence, un dossier complexe. On aura tous besoin d’un interlocuteur.
L’autre face du sujet : l’information, la presse et le danger de la concentration
À ce stade, l’émission franchit un pas : parler de numérique, ce n’est pas seulement parler de démarches administratives. C’est aussi parler d’information.
Yves Rézière explique le travail de Tchak : journalisme de terrain, enquêtes, reportages, investigation autour de l’agriculture, l’alimentation, les multinationales, la distribution… et surtout, un regard sur les rapports de force économiques.
Mais il pose une question cruciale : comment garantir l’accès à une information de qualité, quand l’information coûte de l’argent à produire ?
Dans l’épisode, Tchak évoque plusieurs pistes concrètes :
-
partenariat Article 27 pour permettre un accès facilité à des publics précarisés
-
mise en ligne d’articles gratuits chaque mois
-
formats plus accessibles : capsules vidéo, audio, vulgarisation
Ce passage est important : l’accès à l’information n’est pas seulement une affaire de “contenu”. C’est une affaire de formats, de pédagogie, de présence sur le terrain.
Puis vient un sujet explosif : la concentration médiatique.
Yves évoque la réduction de la diversité des médias quand de grands groupes absorbent d’autres titres : moins de diversité, moins de pluralisme, et donc un risque démocratique. Le problème n’est pas “tel journaliste” ou “tel titre” : le problème, c’est le système qui réduit la pluralité.
Fake news, IA : l’accès à l’info devient aussi une question de formation
À un moment, le débat se connecte au présent : IA, fake news, profusion de contenus.
L’idée n’est pas de diaboliser l’IA. Yves le dit clairement : elle peut aider à décrypter… mais uniquement si on sait l’utiliser, poser les bonnes questions, demander des sources, recouper.
Sinon, elle peut produire l’inverse : une illusion de vérité.
Et ce point rejoint parfaitement le reste de l’épisode :
si une partie de la population est déjà en difficulté pour accéder aux démarches, comment lui demande-t-on en plus de distinguer le vrai du faux dans une mer de contenus ?
La conclusion est limpide : on a besoin d’éducation aux médias, de formation, de repères, de cadres. Sans ça, la désinformation devient une arme sociale : elle frappe d’abord ceux qui ont le moins de moyens de se défendre.
Sarah Frère : la presse sous pression, la démocratie aussi
L’intervention de Sarah Frère (Imagine / AJP) ajoute une couche très concrète : la presse n’est pas seulement menacée par la technologie. Elle est menacée par un ensemble de facteurs qui se cumulent.
Elle explique notamment :
-
la profusion de contenus rend plus difficile la distinction entre faits et opinions
-
des réformes et restructurations fragilisent des médias (notamment de proximité)
-
la profession journalistique se précarise
-
et surtout : des tentatives de censure préventive et des procédures abusives apparaissent (le type de pression qui vise à empêcher ou décourager la publication)
Là encore, le lien est direct :
si l’information fiable devient plus rare, plus chère, plus fragile… alors l’accès à une démocratie vivante s’abîme.
Ce que cet épisode raconte vraiment : une société qui risque de laisser la moitié des gens sur le pas de la porte
À la fin, l’épisode ne laisse pas un sentiment de fatalité. Il laisse un constat puissant : la numérisation n’est pas un problème en soi.
Le problème, c’est le “tout numérique sans penser les usages”.
Le problème, c’est une modernité qui devient un tri social.
Le problème, c’est un progrès qui se fait sans transition, sans alternatives, sans humains en face.
Et quand ça arrive, ce ne sont pas des “petites difficultés” :
c’est l’accès au droit qui recule.
Pourquoi écouter ce podcast ?
Parce qu’il met des mots simples sur des réalités que beaucoup vivent, souvent seuls.
Parce qu’il relie le quotidien (un rendez-vous, une facture, une démarche) à l’enjeu démocratique (pluralisme, presse, fake news).
Parce qu’il donne la parole à une témoin du vécu, et qu’on comprend immédiatement ce que signifie “être autonome”… puis ne plus l’être.
Écoute l’épisode et partage-le : cette discussion concerne tout le monde.
Aujourd’hui, on parle des plus vulnérables. Demain, on parle de nous tous.
Laurent Frémal
50 ans de CPAS :
Cette émission spéciale n’a pas pour objectif de désigner des coupables. Elle invite à comprendre, à écouter et à réfléchir collectivement à l’avenir de notre modèle social.
Cinquante ans après leur création, les CPAS restent un pilier essentiel de la solidarité. Mais une question demeure : voulons-nous leur donner les moyens d’accomplir pleinement leur mission de garantir à chacun une vie conforme à la dignité humaine ?
Quand la désobéissance devient un devoir de conscience
L’Europe aime rappeler qu’elle est le berceau des droits humains. Elle aime se présenter comme le continent des libertés, de la démocratie et de la dignité. Pourtant, il arrive que les actes contredisent les discours.
Les Solidarités 2026 :
Radio Solidarité a assisté à la conférence de presse officielle des Solidarités 2026. Cette 12ᵉ édition, qui se déroulera les 4, 5 et 6 septembre à Écolys (Namur), s’annonce riche en nouveautés : un site agrandi et repensé, la création d’un nouvel espace baptisé Le Phare, une offre familiale renforcée, le lancement de la première application officielle du festival et une programmation réunissant de nombreux artistes de renom. Fidèle à son ADN, Les Solidarités continuent de faire rimer musique, citoyenneté, engagement associatif et vivre-ensemble. Radio Solidarité sera présente tout au long du festival pour vous faire vivre l’événement de l’intérieur.
Passoires l’hiver, bouilloires l’été :
Quand le logement ne protège plus, la précarité devient une question de survie. En hiver, les passoires énergétiques condamnent les plus fragiles au froid. En été, ces mêmes logements se transforment en véritables bouilloires thermiques. Face aux canicules répétées, personnes âgées, familles précaires, locataires, malades chroniques et habitants des quartiers populaires sont en première ligne. Une urgence sociale, sanitaire et climatique.
50 ans de CPAS…
À l’occasion des 50 ans des CPAS, Radio Solidarité et le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP) proposent une émission spéciale consacrée à l’avenir de l’aide sociale. Témoignages, analyses et regards croisés donneront la parole aux bénéficiaires, aux travailleurs de terrain, aux responsables politiques et aux acteurs associatifs pour interroger une question essentielle : cinquante ans après la loi organique, le droit à la dignité est-il toujours une réalité ? Une émission à écouter le 8 juillet à 10h et 18h, puis en podcast.
Plus de 10 000 personnes dans les rues de Namur
Plus de 10 000 personnes ont défilé ce 16 juin 2026 entre la gare de Namur et le Parlement wallon. À l’appel du front commun syndical et de nombreuses associations, la mobilisation a dénoncé les politiques d’austérité et défendu les services publics. Radio Solidarité était sur le terrain.
Nous étions partis avec de l’aide,
Quelques heures après la grande manifestation pour la paix organisée à Bruxelles le 14 juin 2026, Radio Solidarité a rencontré Mo, membre belge de la Global Sumud Flotilla et d’origine palestinienne.
De retour d’une mission humanitaire à destination de Gaza, il revient face à notre caméra sur son arrestation, sa détention et les moments de peur qu’il affirme avoir vécus après l’interception de la flottille. Il raconte également pourquoi, malgré cette épreuve, il continue de croire qu’une paix juste reste possible.
Un témoignage fort qui permet de mieux comprendre ce que vivent celles et ceux qui choisissent de s’engager sur le terrain.
Breendonk
Il y a un mois, Radio Solidarité accompagnait l’antenne namuroise de la Coalition du 8 Mai lors d’une visite mémorielle au Fort de Breendonk. À travers les témoignages des guides, les récits des résistants et la découverte de ce lieu emblématique de la répression nazie en Belgique, cette journée a rappelé une évidence : la mémoire n’est pas tournée vers le passé, elle est un outil essentiel pour défendre la démocratie et résister aux idéologies de haine qui menacent encore nos sociétés aujourd’hui.
Quand la jeunesse dit non
Alors que la mobilisation étudiante se poursuit, une question se pose : assistons-nous à une simple contestation ou à l’émergence d’un mouvement qui marquera l’histoire ? Entre dialogue, démocratie et engagement citoyen, la jeunesse fait entendre sa voix. Et si les livres d’histoire retenaient un jour le nom de « Juin 26 » ?
Du conflit social à la crise institutionnelle :
La contestation du décret-programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles franchit une nouvelle étape. Après les mobilisations d’enseignants, d’étudiants et de syndicats, huit professeurs de droit constitutionnel dénoncent désormais le non-respect de règles parlementaires lors de l’adoption du texte. Au-delà du contenu de la réforme, le débat porte désormais sur le respect des procédures démocratiques, la place du dialogue et l’écoute des acteurs concernés. Une évolution qui transforme progressivement un conflit social en véritable question institutionnelle.
Contactez-nous
Soutenez Radio Solidarité !
Soutenez Radio Solidarité, la voix qui unit !
adio Solidarité est une radio libre, citoyenne et indépendante. Nous ne recevons aucun subside public, car nous tenons à préserver notre autonomie éditoriale et à rester proches de celles et ceux qui font vivre la solidarité au quotidien.
Informer, éduquer, divertir et donner la parole à tous, c’est notre mission. Mais pour continuer à diffuser 24h/24, animer nos émissions, assurer la maintenance du matériel et couvrir les frais de fonctionnement, nous avons besoin de vous.
Chaque don, même modeste, nous aide à poursuivre cette belle aventure collective.
Vous pouvez faire un virement sur le compte de New Line Info asbl (VDK Banque) :
BE62 8940 0156 3461
Ensemble, faisons vivre la radio qui donne la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas ailleurs.






















