Embarquer tout le monde à bord

par | Mai 11, 2025 | Nos Podcasts | 0 commentaires

citoyens, associations et institutions réunis pour repenser les services publics

Ce mardi 6 mai 2025, à Bruxelles, des citoyen·ne·s concerné·e·s, des représentant·e·s d’associations, des acteurs institutionnels et des professionnel·le·s de terrain se sont réunis au Service fédéral de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Cette journée de travail participatif s’inscrit dans le processus d’élaboration du Rapport bisannuel sur la pauvreté en Belgique 2024-2025.

Le thème central, « Embarquer tout le monde à bord », a guidé les échanges autour des services publics, de leur accessibilité, de leur humanité, et des nombreux obstacles rencontrés par les personnes en situation de précarité.

Un large éventail d’acteurs réunis

Cette rencontre a rassemblé une diversité de profils et d’expertises. Étaient notamment présents :

  • Caritas, Solidaris, la CM ;

  • Liesbeth Vandormael, du Service fédéral de médiation (Fed Ombudsman) ;

  • Des représentants du POD (Service public de programmation Intégration sociale), dont Lotte Janssens et Liselot Devos ;

  • Des intervenant·e·s du CAW d’Anvers ;

  • Des agents de la Food Safety Agency ;

  • Barbara Goethals (Bruxelles) ;

  • La Plateforme Bruxelloise de Lutte contre la Pauvreté ;

  • Et, de manière essentielle, de nombreux usagers ou « bénéficiaires des services », directement concernés par les thématiques abordées.

1. Constats préoccupants sur l’accès aux services publics

Dès le début de la journée, plusieurs interventions ont souligné une série de constats inquiétants :

  • La multiplication des contrôles sur les aides sociales génère du stress et un sentiment d’humiliation, comme l’ont exprimé Ria Szeker et Mieke Mons.

  • La perte du contact humain dans les services publics, remplacé par des outils numériques inadaptés, constitue un obstacle majeur pour beaucoup.

  • Le manque de temps consacré aux usagers, les renvois excessifs vers des bénévoles, et le manque de confiance dans les institutions fragilisent les parcours d’aide.

  • L’accès aux transports publics est un exemple criant de pauvreté en mobilité, notamment depuis les changements opérés par De Lijn.

  • Le paiement en liquide, encore fréquent chez certaines personnes précaires, est parfois impossible, et vécu comme un stigmate.

La médiation fédérale confirme une hausse des plaintes, pas uniquement des personnes en situation de pauvreté, mais celles-ci en subissent de manière accrue les conséquences.

2. Des bonnes pratiques partagées et inspirantes

Malgré ces difficultés, plusieurs initiatives positives ont été mises en lumière :

  • À Seraing, Jean-Marie a présenté les groupes de participation citoyenne ;

  • À Herentals, Ria a évoqué un projet de visites personnalisées pour les personnes âgées ;

  • À Charleroi, des personnes sans domicile fixe bénéficient d’un accompagnement administratif et d’une adresse de référence pour faire valoir leurs droits ;

  • À Liège, une permanence sociale permet l’accès à d’autres services ;

  • À Clermont, une collaboration avec un avocat pro deo facilite les démarches juridiques et linguistiques ;

  • À Bruxelles, Mieke (CAW) a présenté un service de café-accompagnement avec formulaires.

Ces pratiques montrent qu’un accueil humain, un accompagnement individualisé et la reconnaissance des vécus sont essentiels pour garantir une inclusion effective.

3. Restaurer la dimension humaine dans la relation d’aide

Un consensus fort s’est dégagé sur la nécessité de rendre les services plus accessibles et plus humains :

  • Mettre en place des guichets physiques avec de larges horaires ;

  • Offrir un accompagnement étape par étape, sans surcharge d’information ;

  • Favoriser des relations de confiance et non de suspicion ;

  • Valoriser les pratiques telles que les résumés écrits de rendez-vous ou les outils interactifs permettant à l’usager de suivre en direct les démarches en cours.

Plusieurs participant·e·s ont souligné la fatigue administrative, le stress provoqué par les délais, les formulaires et les procédures qui recommencent à zéro quand un élément manque.

4. Prendre conscience de ses droits et en faciliter l’accès

L’un des enjeux majeurs reste l’information claire et proactive sur les droits :

  • Il est crucial de pouvoir se reconnaître comme sujet de droit ;

  • La non-connaissance d’un droit ou un simple retard administratif peuvent conduire à des pertes d’aides majeures, comme dans le cas du VHT évoqué par Ria ;

  • L’accès à des interlocuteurs identifiés (travailleurs sociaux, médiateurs, référents) est déterminant.

Des outils utiles ont été rappelés :

  • Le 1718, numéro d’information en Wallonie ;

  • Le site droits.rechtenverkenner.be ;

  • Le portail financieelredzaam.be ;

  • Le centre de ressources muntpunt.be à Bruxelles.

Des idées nouvelles émergent, comme la création d’une portefeuille numérique pour les personnes sans-abri ou l’intégration des enjeux sociaux dans les médias populaires, à l’image de la série Thuis.

Une dynamique participative à valoriser

Au fil des échanges, ce qui ressort avec force, c’est la qualité des témoignages, la richesse des propositions concrètes, et surtout, la conviction que personne ne doit être laissé de côté.
Les citoyen·ne·s présent·e·s ont rappelé qu’ils et elles ne sont pas uniquement des bénéficiaires, mais aussi des porteurs de solutions, souvent en lien direct avec la réalité du terrain.

Le rapport bisannuel 2024-2025 sera disponible d’ici la fin de l’année sur : https://luttepauvrete.be.
Il témoignera de ce travail collectif, fait de convictions, de tensions, mais surtout d’espoir en une société plus juste.

Embarquer tout le monde à bord, c’est refuser que la pauvreté devienne une fatalité. C’est construire, ensemble, des chemins de dignité.

Parmi les participant·e·s, Luc Bolssens était également présent pour représenter le Front Commun des SDF ainsi que l’association Rom en Rom. Très engagé dans la défense des droits des personnes sans-abri et des communautés roms, Luc est également chroniqueur régulier sur Radio Solidarité, où il partage son vécu et ses réflexions à travers des capsules engagées. Sa présence a permis de rappeler, avec force, la nécessité d’inclure les premiers concernés dans les espaces de concertation.

Reportage
Laurent Fremal

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