Mathilde à Esperanzah!

par | Août 3, 2026 | Ezperanzah, Nos Podcasts | 0 commentaires

« La paix est le premier des droits »

Au Festival Esperanzah!, les artistes ne viennent pas seulement présenter un concert. Certains viennent aussi partager une vision du monde. Avant de monter sur la scène La Rugissante, Mathilde a accordé un long entretien à Radio Solidarité. Pendant près d’une demi-heure, la chanteuse s’est confiée avec une sincérité désarmante sur son parcours, son engagement, les droits des femmes, la Palestine et le pouvoir de la musique.

Une artiste devenue engagée par la force des choses

Mathilde le reconnaît d’emblée : enfant, elle rêvait simplement d’être chanteuse. Elle n’imaginait pas devenir une artiste engagée.

Au fil de sa carrière, les rencontres, les injustices et certaines expériences personnelles l’ont amenée à prendre la parole. D’abord dans ses chansons, puis sur scène et enfin sur les réseaux sociaux, où elle échange quotidiennement avec sa communauté.

Pour elle, les réseaux sociaux ne sont pas un outil marketing mais une manière de conserver un lien direct avec son public, sans filtre ni intermédiaire. Elle revendique une parole spontanée, libre, loin des codes imposés par l’industrie musicale.

La musique peut-elle changer le monde ?

À cette question, Mathilde répond avec humilité.

Elle n’a jamais écrit une chanson en pensant transformer la société. Pourtant, ce sont les témoignages de son public qui lui ont fait comprendre l’impact concret de sa musique.

Certaines femmes lui racontent avoir trouvé la force de quitter une relation toxique, d’autres avoir osé demander une augmentation ou simplement reprendre confiance en elles après avoir écouté ses chansons.

Pour elle, une chanson ne change peut-être pas le monde entier.

Mais elle peut changer une vie.

Et lorsque des milliers de vies changent, c’est peut-être le monde qui commence doucement à évoluer.

« Je veux que les femmes ressortent du concert avec l’envie de cracher du feu »

Impossible de parler de Mathilde sans évoquer les femmes.

Elle assume écrire principalement à partir de son vécu de femme, tout en constatant que de plus en plus d’hommes assistent également à ses concerts.

Son objectif est clair :

« Mon but, c’est qu’elles ressortent du concert avec envie de cracher du feu. »

Une phrase qui résume parfaitement son approche : transmettre de la force plutôt que de la colère, de l’énergie plutôt que du découragement.

« À la gloire des femmes en deuil » : une chanson qui dépasse son autrice

L’un des moments les plus émouvants de notre entretien concerne « À la gloire des femmes en deuil ».

Mathilde raconte que cette chanson n’était pas destinée à être publiée.

Elle l’avait écrite après le décès de sa grand-mère, simplement pour raconter les différentes façons dont les femmes de sa famille avaient traversé ce deuil.

Quelques mois plus tard, elle accepte de l’interpréter dans une émission consacrée aux féminicides.

Le lendemain, les réseaux sociaux s’enflamment.

Des centaines de milliers de personnes découvrent cette chanson et réclament sa sortie.

Aujourd’hui, Mathilde continue de l’interpréter avec une émotion intacte.

Elle explique que chaque phrase évoque encore une femme de sa famille, tout en reconnaissant que cette chanson appartient désormais aussi à toutes celles qui s’y reconnaissent.

Une chanson devenue un hymne collectif

Ce qui touche particulièrement l’artiste, c’est de voir cette œuvre reprise par des chorales partout en France et en Belgique.

Pour cette ancienne élève de conservatoire, la pratique chorale symbolise la sororité qu’elle cherche justement à transmettre.

Elle voit dans ces centaines de voix réunies une manière de prolonger le message de la chanson : ne jamais laisser une femme seule face à sa douleur.

Une version en arabe palestinien

Mathilde prépare aujourd’hui une nouvelle étape de cette aventure.

En janvier prochain devrait sortir une version en arabe palestinien de « À la gloire des femmes en deuil ».

Autour de ce projet, elle rassemble une traductrice palestinienne, des musiciennes et une chorale de femmes.

Pour elle, traduire une chanson, c’est aussi résister à l’effacement d’une culture.

Elle rappelle que les génocides ne détruisent pas seulement des vies, mais aussi des langues, des traditions et une mémoire collective.

Tous les bénéfices générés par cette version seront reversés à des associations venant en aide aux populations palestiniennes.

« Ce que je revendique avant tout, c’est le droit à la paix »

Au fil de la discussion, un mot revient sans cesse : la paix.

Mathilde ne parle pas uniquement de paix entre les peuples.

Elle parle aussi de paix dans la rue, de paix dans les foyers, de paix intérieure.

Survivante de violences conjugales, elle explique combien retrouver cette paix a transformé sa vie et lui a permis de retrouver sa capacité à créer, à aimer et à s’engager.

Selon elle, sans paix, il n’y a ni création, ni culture, ni solidarité possible.

La solidarité commence par soi-même

Avant de rejoindre les préparatifs de son concert, Mathilde adresse un dernier message aux auditeurs de Radio Solidarité.

Elle invite chacun à cultiver davantage de compassion.

Pas seulement envers les autres.

Mais aussi envers soi-même.

Car, explique-t-elle, il est difficile d’être véritablement solidaire avec les autres lorsque l’on ne sait pas déjà faire preuve de bienveillance envers soi-même.

Une rencontre authentique

À Esperanzah!, Mathilde n’a pas seulement parlé de musique.

Elle a parlé d’humanité.

D’engagement.

De paix.

Et de cette conviction profonde que les chansons peuvent parfois accomplir ce que les longs discours ne parviennent pas toujours à faire : toucher le cœur des gens et leur donner la force d’avancer.

Un entretien sincère, sans détour, qui reflète parfaitement l’esprit du festival et les valeurs que Radio Solidarité souhaite faire vivre : donner la parole à celles et ceux qui, par leurs mots et leurs actes, tentent de rendre le monde un peu plus juste.

Laurent Fremal

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En mai 68, les murs criaient la liberté : « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire ».
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Entre slogans d’hier et hashtags d’aujourd’hui, la parole populaire continue de se réinventer.
Radio Solidarité fait résonner ces voix d’hier et d’aujourd’hui : celles qui refusent le silence, celles qui rêvent encore d’un monde plus juste.

Les murs parlaient en 68… Aujourd’hui, c’est notre micro qui la porte.

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