Passoires l’hiver, bouilloires l’été :
les plus fragiles paient le prix du dérèglement climatique
Les habitations mal isolées, longtemps dénoncées comme des « passoires énergétiques » en hiver, deviennent aujourd’hui de véritables « bouilloires thermiques » en été. Et comme souvent, ce sont les personnes les plus fragilisées qui en paient le prix.
La chaleur ne frappe pas tout le monde de la même manière
Le changement climatique touche l’ensemble de la planète, mais ses conséquences sont loin d’être égales.
Quand les températures dépassent les 35 °C, certains ferment leurs volets dans une maison bien isolée ou prennent la route des vacances.
D’autres restent enfermés dans un appartement sous les toits, sans climatisation, parfois sans même un ventilateur, parce que chaque euro compte.
La canicule devient alors une nouvelle forme d’inégalité sociale.
Les oubliés des vagues de chaleur
Derrière les statistiques, il y a des visages.
Ce sont les personnes âgées qui vivent seules dans un appartement devenu irrespirable.
Ce sont les familles monoparentales qui ne peuvent pas investir dans un système de rafraîchissement.
Ce sont les locataires qui n’ont aucun pouvoir pour améliorer leur logement.
Ce sont les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques, dont l’état de santé se dégrade rapidement lorsque la température grimpe.
Ce sont aussi les personnes sans domicile, les travailleurs précaires, les habitants des quartiers les plus minéraux et les ménages qui doivent déjà choisir entre se chauffer l’hiver… et supporter la chaleur l’été.
Le même logement condamne en hiver comme en été
Pendant des années, on a parlé de précarité énergétique pour désigner les difficultés à chauffer son logement.
Aujourd’hui, cette précarité existe aussi en été.
Les murs qui laissent entrer le froid en janvier retiennent la chaleur en juillet.
Le logement n’est plus un refuge.
Il devient parfois un risque pour la santé.
Une injustice climatique
Les études montrent que les quartiers populaires sont davantage exposés aux canicules.
Moins d’arbres.
Davantage de béton.
Des immeubles plus denses.
Des logements plus anciens.
Des revenus plus faibles.
Autrement dit, ceux qui contribuent le moins au dérèglement climatique en subissent souvent les conséquences les plus lourdes.
La crise climatique devient ainsi une crise sociale.
Le droit à un logement digne, été comme hiver
Garantir un logement digne ne consiste plus seulement à protéger du froid.
C’est aussi permettre à chacun de vivre dans un habitat capable de préserver sa santé lors des fortes chaleurs.
Isoler les bâtiments, végétaliser les villes, installer des protections solaires, accompagner les propriétaires comme les locataires : ces investissements ne relèvent plus du confort.
Ils relèvent de la santé publique.
Une question de solidarité
Le dérèglement climatique nous oblige à regarder autrement la précarité.
Derrière chaque passoire énergétique, il y a une personne.
Une personne âgée.
Une famille.
Un enfant.
Un voisin.
La chaleur ne crée pas les inégalités, elle les révèle.
Et une société qui laisse les plus fragiles vivre dans des logements où l’on grelotte l’hiver et où l’on étouffe l’été ne peut pas considérer cette situation comme une fatalité.
Le droit à un logement digne est aussi le droit de vivre à l’abri des températures extrêmes.
Parce que la solidarité commence là où personne ne devrait avoir à choisir entre survivre au froid ou survivre à la chaleur.
Laurent Frémal
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