Bruxelles, 12 mars 2026
plus de 100 000 voix dans la rue contre l’austérité
Le 12 mars 2026, Bruxelles a de nouveau été le théâtre d’une démonstration de force sociale majeure. La police a annoncé 80 000 manifestants, tandis que les syndicats ont avancé le chiffre de plus de 100 000 personnes. Tous les grands marqueurs d’une journée de mobilisation étaient là : transports fortement perturbés, départs annulés à Brussels Airport, écoles et services touchés, et une foule immense entre Bruxelles-Nord et Bruxelles-Midi.
Mais réduire cette journée à une simple manifestation syndicale serait passer à côté de l’essentiel.
Car dans les rues de Bruxelles, ce 12 mars, il n’y avait pas seulement des travailleurs en lutte. Il y avait aussi le monde associatif, des étudiants, des militants de la lutte contre la pauvreté, des acteurs de la culture, des personnes engagées dans l’accueil des migrants, des pensionnés, des travailleurs de la petite enfance, des jeunes, et même des voix venues d’ailleurs en Europe, notamment de La France insoumise, pour dire que cette bataille n’est pas seulement belge.
Car dans les rues de Bruxelles, ce 12 mars, il n’y avait pas seulement des travailleurs en lutte. Il y avait aussi le monde associatif, des étudiants, des militants de la lutte contre la pauvreté, des acteurs de la culture, des personnes engagées dans l’accueil des migrants, des pensionnés, des travailleurs de la petite enfance, des jeunes, et même des voix venues d’ailleurs en Europe pour dire que cette bataille dépasse largement les frontières de la Belgique.
Une mobilisation massive et déterminée
Dès les premières heures de la matinée, les cortèges se sont formés dans les rues de la capitale. Les drapeaux syndicaux dominaient, mais ils étaient loin d’être les seuls. Des associations, des collectifs citoyens, des organisations de solidarité et des militants venus de différents secteurs de la société se sont joints au mouvement.
La mobilisation s’inscrit dans une contestation plus large des réformes annoncées par le gouvernement fédéral, notamment sur les pensions, le chômage, les services publics et les politiques sociales.
Malgré quelques incidents isolés en marge de la manifestation, la mobilisation s’est déroulée dans une ambiance globalement déterminée mais pacifique. L’essentiel de la journée s’est concentré sur les revendications sociales et sur la volonté de montrer l’ampleur du mécontentement.
Une convergence entre syndicats et monde associatif
Ce qui a particulièrement marqué cette mobilisation, c’est la présence massive du monde associatif aux côtés des syndicats.
Lisa, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, explique que cette présence est logique. Selon elle, les politiques actuelles risquent d’aggraver une précarité déjà très présente dans la société.
« Tant que les mesures ne changeront pas et qu’il y aura toujours autant de précarité, on sera là », résume-t-elle.
Dans les cortèges, on croisait notamment des militants d’ATD Quart Monde, des Équipes populaires, des organisations de solidarité et de nombreux travailleurs sociaux.
Pour beaucoup, la manifestation est l’occasion de rappeler que la pauvreté ne se résume pas à des statistiques : elle touche des vies concrètes.
La pauvreté au cœur du débat
Parmi les voix présentes dans la manifestation, celle de Christine Mahy, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a rappelé l’enjeu central de cette mobilisation.
Pour elle, certaines mesures risquent de provoquer exactement l’inverse de ce qui est annoncé : non pas une société plus efficace, mais une société plus fragile.
Au fil des discussions dans la manifestation, elle rapporte des témoignages inquiétants. Des travailleuses de CPAS expliquent ne plus avoir suffisamment de temps pour accompagner les personnes en difficulté. Des enseignants évoquent la suppression de repas gratuits dans certaines écoles, alors que pour certains enfants, ce repas constitue parfois le seul de la journée.
« Créer de la pauvreté, c’est créer de la colère et des risques pour la démocratie », explique-t-elle.
Elle critique également une vision méritocratique de la société selon laquelle chacun pourrait s’en sortir par sa seule volonté. Pour elle, cette vision ignore les inégalités structurelles et les obstacles réels auxquels sont confrontées de nombreuses personnes.
Migrants et État de droit
Dans la manifestation, les organisations qui travaillent avec les personnes migrantes étaient également présentes.
Antoine, du CIRE (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers), rappelle que les associations observent une multiplication des difficultés administratives et des politiques de plus en plus restrictives.
Selon lui, la situation devient particulièrement préoccupante lorsque certaines décisions de justice ne sont plus respectées par les autorités politiques.
« L’État de droit est un pilier de la démocratie », explique-t-il. « Si les décisions de justice ne sont plus respectées, c’est toute la crédibilité des institutions qui est en jeu. »
Petite enfance : un secteur sous pression
Dans les cortèges, des travailleuses de la petite enfance étaient également présentes.
Sylvie décrit un secteur qui souffre d’un manque chronique de personnel et de moyens. Les professionnels doivent déjà faire face à une charge de travail importante, et les nouvelles mesures risquent d’accentuer encore la pression.
« On nous demande toujours de faire plus avec moins », explique-t-elle. « Mais les enfants ne sont pas des machines. Ce sont des vies. »
Selon elle, si la sécurité physique des enfants reste assurée, la qualité de l’accompagnement humain se dégrade faute de temps et de personnel.
Étudier devient un luxe
La jeunesse était elle aussi bien présente dans les rues de Bruxelles.
Juliette, étudiante à Bruxelles, évoque les difficultés financières auxquelles sont confrontés de nombreux étudiants.
Avec l’augmentation du minerval, le coût des logements étudiants et la hausse générale du coût de la vie, poursuivre des études supérieures devient de plus en plus difficile pour certaines familles.
« Avec le prix des études aujourd’hui, c’est presque un luxe de pouvoir étudier », explique-t-elle.
Le monde humanitaire également touché
Les conséquences des politiques budgétaires ne concernent pas seulement les travailleurs ou les étudiants.
Amédée, qui travaille à la Croix-Rouge, explique que certaines coupes budgétaires pourraient entraîner la fermeture de centres d’accueil pour demandeurs d’asile.
Pour lui, la situation est paradoxale : les besoins d’accueil restent importants, mais les moyens pour assurer ces missions diminuent.
Une mobilisation qui dépasse la Belgique
Dans le cortège, on pouvait également apercevoir des militants venus d’autres pays européens.
Des membres de La France insoumise étaient présents avec leurs drapeaux. Pour eux, la mobilisation belge s’inscrit dans un contexte plus large de politiques d’austérité et de réformes sociales contestées dans plusieurs pays européens.
Selon Arnaud et Victor, les débats sur les pensions, les services publics ou les politiques migratoires dépassent largement les frontières nationales.
« Les peuples européens sont confrontés à des politiques similaires », expliquent-ils. « C’est pour cela que les mobilisations doivent aussi dialoguer entre elles. »
Antifascisme et libertés démocratiques
Parmi les organisations présentes, des militants du front antifasciste participaient également à la manifestation.
Christophe explique que leur présence s’inscrit dans la défense des droits sociaux mais aussi des libertés démocratiques.
Selon lui, lorsque les gouvernements commencent à désigner les mouvements antifascistes comme des ennemis, cela peut être le signe d’un durcissement du climat politique.
Il insiste toutefois sur un point : la mobilisation doit rester pacifique et permettre de défendre les droits sans violence.
La jeunesse engagée
Juan, jeune militant du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, souligne l’importance de la présence des jeunes dans la mobilisation.
À 24 ans, il estime que la nouvelle génération doit participer aux luttes sociales et ne pas laisser uniquement aux générations précédentes la responsabilité de défendre les droits sociaux.
Pour lui, la manifestation est avant tout un message collectif.
« Si on arrive à rassembler plus de personnes, on aura plus de force. »
Une mobilisation qui ne fait que commencer
Au fil des interviews et des discussions dans les cortèges, un message revient constamment : cette manifestation n’est qu’une étape.
Les organisations syndicales et associatives envisagent déjà d’autres actions si les politiques actuelles ne changent pas.
Pour beaucoup de manifestants, le 12 mars marque surtout un moment de rencontre entre des luttes différentes : travailleurs, étudiants, militants associatifs, défenseurs des migrants, acteurs de la culture, du climat et de la solidarité.
Et dans cette convergence, certains voient déjà la construction d’un rapport de force capable de peser sur les décisions politiques à venir.
Une chose est sûre : avec plus de 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, la voix de la contestation sociale s’est faite entendre bien au-delà de la capitale belge.
Laurent Frémal
Écoutez nos replays podcast
Cette manifestation du 12 mars 2026 à Bruxelles ne se résume pas à des images de foule : ce sont avant tout des voix, des témoignages et des analyses venues du terrain. Pour prolonger cet article, Radio Solidarité vous propose deux replays podcast à écouter dès maintenant sur notre site. Dans le premier, retrouvez l’ensemble des rencontres réalisées dans la manifestation : militants associatifs, travailleurs, étudiants, acteurs du monde social et humanitaire partagent leurs préoccupations et leurs espoirs. Dans le second podcast, nous vous proposons un échange plus approfondi avec Christophe de la FGTB Namur-Luxembourg et Christine Mahy du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, pour analyser les enjeux de cette mobilisation et comprendre ce qui se joue aujourd’hui pour les droits sociaux en Belgique et en Europe.
Deux écoutes complémentaires pour prendre le temps d’entendre celles et ceux qui étaient dans la rue.
Les interviews ont été réalisées en direct au cœur de la manifestation, dans une ambiance sonore parfois très bruyante. La qualité audio peut donc varier selon les moments, mais nous avons choisi de préserver ces témoignages tels qu’ils ont été recueillis pour garder toute l’authenticité de cette journée de mobilisation.
Sirât,
Présenté dans le cadre du RamDam Festival, Sirât d’Oliver Laxe s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale d’un festival dédié aux films qui interrogent et bousculent les regards. Récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes, ce long-métrage tourné dans le désert marocain propose une expérience de cinéma sensorielle et contemplative, loin des récits formatés.
Notre correspondant marocain Ahmed livre une analyse sensible de cette œuvre singulière, où l’image, le rythme et l’atmosphère prennent le pas sur la narration classique.
Gadjé : au RamDam Festival
Au RamDam Festival de Tournai, Radio Solidarité a rencontré Georges Vanev, réalisateur belgo-bulgare de Gadjé. Le film raconte l’amour d’été entre Niki et Nadé, jeune fille rom, jusqu’au moment où la pression familiale et le racisme “ordinaire” viennent écraser leur relation. Refusant les clichés, Vanev a fait le choix non négociable de tourner avec des acteurs roms, en collaboration avec l’association Arrété Youth à Sofia. Pour découvrir l’envers du décor et la parole du réalisateur, écoutez le podcast en ligne sur Radio Solidarité.
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Dimanche matin, à 9h00, le RamDam Festival de Tournai ouvre sa journée avec La voix de Hind Raja. La salle est comble, le silence s’installe immédiatement. Tout au long de la projection, les regards restent fixés à l’écran, les émotions sont visibles, les yeux rougis par les larmes.
Lorsque le générique débute, personne ne se lève. Aucun bruit. Quelques lampes de téléphones s’allument timidement dans l’obscurité, révélant des visages marqués. Les spectateurs quittent finalement la salle dans un silence solennel, comme pour prolonger ce moment suspendu. Un instant rare, où le cinéma devient un espace de recueillement et de mémoire.
Ciudad sin sueño :
À l’occasion du Ramdam Festival de Tournai, Radio Solidarité ouvre le débat autour du film Ciudad sin sueño, un récit bouleversant sur la vie des Roms en Europe. Entre pauvreté, liberté, discriminations et espoir de changement, ce podcast donne la parole à celles et ceux que l’on entend trop rarement.
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