Droit à l’emploi : Haro sur les chômeurs ?
Non. Haro sur l’injustice.
Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 9 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025
Date d’enregistrement :
mercredi 17 décembre 2025,Horaire :08h00 – 10h00
Animation / Intervention principale :Christine Mahy
Pendant trois jours, Radio Solidarité a installé son studio dans les locaux du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté à Namur. Trois jours pour rappeler une chose simple : les droits ne sont pas des faveurs. Ils ne relèvent pas de la charité. Ils doivent être garantis.
Parmi les thématiques abordées dans cette série Viva les Droits, celle du droit à l’emploi a frappé fort. Parce qu’elle touche à la dignité. Parce qu’elle touche à l’identité. Parce qu’elle touche à la place que chacun peut occuper dans la société.
Un jour de paradoxes
Le débat s’ouvre dans un contexte lourd de symboles. Le même jour, la Fédération Wallonie-Bruxelles vote un budget qui réduit des moyens dans des secteurs essentiels : petite enfance, jeunesse, culture, accompagnement social. Et au même moment démarre l’opération Viva for Life, appel à la générosité publique.
Le contraste interroge.
D’un côté, on appelle à la solidarité individuelle.
De l’autre, on fragilise des droits collectifs.
Ce paradoxe traverse toute l’émission.
Une lettre, et tout bascule
Lisa raconte la violence d’un courrier administratif. Une phrase, une date, et l’annonce d’une exclusion du chômage.
Pourtant, elle ne s’est jamais « installée » dans l’inactivité. Maman solo de deux enfants, elle a traversé une séparation, tenté une reconversion dans la construction, cherché un travail en accord avec ses valeurs et son équilibre familial. Elle n’est pas restée immobile. Elle a cherché, appris, rebondi.
Mais la lettre ne raconte pas cela. Elle ne parle ni des nuits courtes, ni des trajets longs, ni des compromis imposés. Elle dit simplement : c’est fini.
La violence n’est pas seulement financière. Elle est symbolique. Elle réduit un parcours de vie à un statut.
Travailler… sans être reconnue comme travailleuse
Nathalie a 61 ans. Architecte d’intérieur, pigiste pendant plus de vingt ans dans la presse décoration, elle a enchaîné les missions via des structures comme Smart. Pour la pension, son activité est reconnue depuis 1985. Pour le chômage, elle est classée comme « chômeuse de longue durée ».
L’absurdité est totale.
Elle travaille, facture, crée, conseille. Mais son activité ne rentre pas dans les cases administratives. Elle envoie des dizaines de candidatures. Les réponses sont rares. L’âge devient un mur invisible. Le marché est saturé.
Et ce qui fait le plus mal, dit-elle, c’est le regard. Comme si tout son parcours était effacé. Comme si elle n’avait jamais contribué.
Les femmes en première ligne
Le témoignage de Marie-France, du Collectif contre les violences familiales et l’exclusion, replace ces histoires individuelles dans une réalité structurelle.
Le marché du travail est profondément genré. Les femmes occupent majoritairement les secteurs les moins rémunérés, les plus précaires. Elles travaillent plus souvent à temps partiel, interrompent leur carrière pour des responsabilités familiales, subissent davantage de discriminations.
À cela s’ajoutent les difficultés concrètes : manque de places en crèche, horaires incompatibles avec la vie familiale, reconnaissance compliquée des diplômes étrangers, isolement social.
Exclure sans tenir compte de ces réalités revient à sanctionner des inégalités déjà existantes.
Une réforme qui ne crée pas d’emploi
Autour du micro, les représentants syndicaux pointent une contradiction majeure.
Pendant qu’on exclut des demandeurs d’emploi, on élargit les flexi-jobs, on défiscalise les heures supplémentaires, on augmente les plafonds des jobs étudiants.
Ces dispositifs ne créent pas d’emplois stables. Ils fragmentent le travail existant. On demande à ceux qui ont déjà un emploi de travailler davantage, pendant que d’autres sont privés d’un filet de sécurité.
La promesse d’augmenter le taux d’emploi ne se traduit pas par davantage de postes accessibles. Elle se traduit par plus de précarité.
31 témoignages, une même réalité
Noélie a rencontré 31 personnes menacées d’exclusion. Aucune ne lui a dit vouloir profiter du système. Toutes veulent travailler.
Elle raconte une mère ayant fui un conjoint violent, aujourd’hui menacée de perdre son logement. Elle évoque un proche aidant pénalisé pour avoir accompagné son père en fin de vie. Elle décrit des jeunes envoyant des centaines de CV sans réponse.
Ce qui revient, toujours, c’est la volonté de contribuer. Mais vouloir ne suffit pas quand les structures manquent.
Le droit à l’emploi n’est pas une injonction
Le droit à l’emploi ne peut pas se réduire à une obligation individuelle de chercher. Il suppose des conditions réelles : un marché accessible, des services publics solides, un accompagnement humain, des règles adaptées à la diversité des parcours.
Sans cela, l’exclusion devient une sanction qui frappe des personnes déjà fragilisées.
La question posée par cette émission est simple, mais fondamentale : voulons-nous une société qui remplace les droits par la charité ? Ou une société qui investit dans des structures collectives pour garantir la dignité ?
Dans le studio de Radio Solidarité, la colère ne s’est pas transformée en résignation. Elle s’est transformée en parole, en analyse, en mobilisation.
Parce que derrière chaque réforme, il y a des visages.
Et derrière chaque statistique, il y a une vie.
Laurent Frémal
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