Gadjé : au RamDam Festival

par | Jan 19, 2026 | Nos Podcasts, RamDam Festival | 0 commentaires

Georges Vanev filme l’amour adolescent
pour révéler un racisme “ordinaire” et hérité

Au RamDam Festival de Tournai, Radio Solidarité a rencontré Georges Vanev, réalisateur belgo-bulgare venu présenter Gadjé, un court-métrage aussi sensible que politique. Dans cette œuvre tournée en Bulgarie, il choisit un angle rare au cinéma : raconter une histoire d’amour entre deux adolescents, et laisser la discrimination s’infiltrer progressivement, presque “naturellement”, jusqu’à faire vaciller tout ce qui semblait évident.

Gadje 0Une romance d’été, puis la réalité qui s’écrase

Gadjé se déroule en été 2007. Niki, adolescent belgo-bulgare, passe ses vacances dans le village familial. Il tombe amoureux de Nadé, une jeune fille d’origine rom. Au départ, l’histoire est simple, sensorielle, adolescente. Puis viennent les regards, les mots, les réflexes sociaux, et surtout la pression familiale. L’amour devient alors le révélateur d’un système : celui de la séparation, du soupçon, de la hiérarchie entre “nous” et “eux”.

Montrer les Roms autrement que par les clichés

Le réalisateur insiste : il ne voulait ni folklore, ni caricature, ni narration “déjà vue”. Dans trop de films, les Roms existent uniquement comme figures de marge : voleurs, mendiants, silhouettes utilitaires. Ici, il fait un choix fort : Nadé n’est pas un symbole, c’est une jeune fille, un visage, une voix, une présence. L’histoire d’amour n’est pas un prétexte ; elle est le cœur du film, et c’est précisément cela qui rend la violence sociale plus tangible.

Niki, un “vaisseau” pour prendre le spectateur par la main

Le personnage de Niki est central. Belgo-bulgare, de passage, il arrive avec une forme de naïveté : il ne comprend pas immédiatement la charge des mots, la brutalité des codes, la profondeur de la séparation. Pour Georges Vanev, ce point de vue sert de pont : un public occidental peut ainsi entrer dans le récit sans avoir déjà toutes les clés.

Et surtout, le film cherche une zone inconfortable : montrer comment même quelqu’un de “bien intentionné” peut finir par reproduire la logique raciste. À la fin, Niki reprend presque mot pour mot les arguments entendus chez lui : “mauvaise influence”, “honneur”, “prestige”… Ce ne sont pas ses pensées, ce sont des phrases héritées. Le film pose alors une question très directe au spectateur : et moi, dans ce contexte, qu’est-ce que je ferais ?

Un choix non négociable : tourner avec des personnes roms

La fabrication de Gadjé a nécessité deux ans et demi de développement, de financement et de coproduction entre la Belgique et la Bulgarie. Mais un point n’a jamais été discuté : les rôles roms devaient être portés par des personnes roms.

Pour y parvenir, l’équipe s’est appuyée sur l’association Arrété Youth, basée à Sofia, portée par et pour des jeunes Roms. Elle a permis d’ouvrir des portes, de créer de la confiance, d’accompagner le casting, et de rendre possible ce qui, autrement, serait resté un projet “extérieur”.

La langue perdue, la honte transmise, et un tournage qui répare

L’un des moments les plus forts de l’entretien concerne la langue romani. L’actrice principale, Jasmina Tsvetanova, a confié ne pas parler la langue : ses parents ne la lui ont pas transmise, par peur que cela la stigmatise davantage. Sur le tournage, des adolescents ont même dû apprendre leur propre langue pour certaines scènes, accompagnés par des adultes présents.

Une situation bouleversante, qui dit l’essentiel : parfois, la discrimination ne se contente pas d’exclure, elle pousse aussi à se taire, à gommer, à renoncer à une part de soi.

Un film bulgare, un miroir européen

Même situé en Bulgarie, Gadjé parle à l’Europe entière. Georges Vanev insiste sur une mécanique universelle : le rejet social se transmet dans les familles, se camoufle derrière des mots acceptables, puis finit par devenir “normal”. Le court-métrage met en lumière une question simple mais décisive : comment l’amour, lorsqu’il est adolescent et sincère, se fracasse sur un racisme hérité.

Écouter le podcast en ligne

Cette rencontre avec Georges Vanev est à retrouver dans notre podcast, enregistré au cœur du RamDam Festival. Pour aller plus loin, comprendre la démarche du réalisateur, les choix de casting, le rôle d’Arrété Youth et les réalités évoquées dans le film, écoutez l’épisode en ligne sur Radio Solidarité.

Laurent Frémal

RamDam Festival

Sirât,

Sirât,

Présenté dans le cadre du RamDam Festival, Sirât d’Oliver Laxe s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale d’un festival dédié aux films qui interrogent et bousculent les regards. Récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes, ce long-métrage tourné dans le désert marocain propose une expérience de cinéma sensorielle et contemplative, loin des récits formatés.
Notre correspondant marocain Ahmed livre une analyse sensible de cette œuvre singulière, où l’image, le rythme et l’atmosphère prennent le pas sur la narration classique.

Un silence plus fort que les mots

Un silence plus fort que les mots

Dimanche matin, à 9h00, le RamDam Festival de Tournai ouvre sa journée avec La voix de Hind Raja. La salle est comble, le silence s’installe immédiatement. Tout au long de la projection, les regards restent fixés à l’écran, les émotions sont visibles, les yeux rougis par les larmes.

Lorsque le générique débute, personne ne se lève. Aucun bruit. Quelques lampes de téléphones s’allument timidement dans l’obscurité, révélant des visages marqués. Les spectateurs quittent finalement la salle dans un silence solennel, comme pour prolonger ce moment suspendu. Un instant rare, où le cinéma devient un espace de recueillement et de mémoire.

Ciudad sin sueño :

Ciudad sin sueño :

À l’occasion du Ramdam Festival de Tournai, Radio Solidarité ouvre le débat autour du film Ciudad sin sueño, un récit bouleversant sur la vie des Roms en Europe. Entre pauvreté, liberté, discriminations et espoir de changement, ce podcast donne la parole à celles et ceux que l’on entend trop rarement.

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Author: Laurent

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