Pas d’enfants pauvres : des enfants dans des familles pauvres

par | Jan 14, 2026 | Nos Podcasts, Viva les Droits 2025 | 0 commentaires

L’école “gratuite” ? Dans la réalité, la facture tombe sur les enfants

Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 3 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025

Date d’enregistrement :
Lundi 15 décembre 2025,Horaire :14h00 – 16h00

Animation / Intervention principale :Laurent Fremal

Pendant Viva les droits, notre studio éphémère s’est posé au cœur du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (Namur) pour une séance essentielle : les droits de l’enfant face à la pauvreté des familles.
Ici, pas de grandes théories hors-sol. Des témoignages, des chiffres, et une question simple : comment parler de l’enfance quand la société fait payer l’accès aux droits fondamentaux ?

“Pauvreté infantile” : un mot qui blesse, une réalité qui déborde le concept

Dès le début, un point fait consensus autour de la table : le terme “pauvreté infantile” est trompeur et stigmatisant.

“Il n’y a pas d’enfants pauvres : il y a des enfants qui vivent dans des familles pauvres.”

Ce glissement n’est pas qu’un détail de vocabulaire : il change la focale.
On ne “corrige” pas un enfant. On agit sur l’environnement, sur les institutions, sur les droits, sur les conditions de vie des familles.

Et le Délégué général aux droits de l’enfant (évoqué dans le témoignage d’ouverture) rappelle aussi une autre idée forte : les droits de l’enfant doivent être pensés largement, y compris pour les jeunes qui sortent de l’aide, prennent leur autonomie, et restent fragilisés bien après 18 ans.

Les chiffres, oui… mais avec prudence : ce qu’on mesure, et ce qu’on rate

Anne-Catherine Guillaume (chercheuse au LISER) remet les repères à plat : mesurer la pauvreté n’est pas si simple, et les chiffres ne sont pas une “vérité totale”.

  • En Wallonie, environ 1 enfant sur 6 vit sous le seuil de pauvreté (ordre de grandeur, selon les critères).

  • Dans les familles monoparentales, on grimpe vers 1 enfant sur 3 (ordre de grandeur).

Elle insiste aussi sur ce que les statistiques sous-estiment souvent : les personnes hors enquête, les situations invisibles, les familles épuisées par la survie au quotidien.

Et surtout : la pauvreté n’est pas qu’une histoire de revenu. C’est aussi une histoire de déprivation matérielle et sociale : chauffage, chaussures, loisirs, vacances, meubles, activités… ce qui permet de “vivre” et pas seulement de “tenir”.

La “garantie européenne pour l’enfance” : une promesse claire… et des reculs inquiétants

Au fil de l’échange, un élément revient comme une boussole : la garantie européenne pour l’enfance (accès effectif à des services essentiels pour les enfants dans le besoin).

Dans l’émission, plusieurs piliers sont cités comme incontournables :

  • crèche accessible (et, idéalement, gratuite)

  • école réellement gratuite

  • repas scolaires garantis

  • soins de santé accessibles

  • logement adéquat et abordable

  • soutien à une alimentation saine à la maison

Mais sur le terrain, les intervenantes constatent l’inverse : des coûts qui augmentent, des dispositifs qui reculent, et une tentation politique du “ciblage” qui peut humilier.

“Cibler, c’est parfois montrer du doigt. Et ça peut faire plus de mal que de bien.”

“Je ne peux pas payer 6€ par repas” : quand la vie scolaire devient un tri social

Le cœur de cette séance, ce sont les vécus. Virginie et Gwendoline racontent ce que signifient les “petites lignes” de l’école, mois après mois.

Le repas, la garderie, l’étude dirigée : l’addition mensuelle qui casse tout

Virginie (maman monoparentale) explique qu’avec les hausses, elle a dû renoncer :

  • au repas chaud

  • à la garderie

  • à l’étude (aide aux devoirs)

Résultat : l’enfant rentre, se débrouille, et le parent culpabilise.
Et quand l’étude est payante, l’aide devient un privilège.

“Je me sens coupable… et en plus je ne sais pas toujours l’aider : les méthodes ont changé.”

Le “droit de table” : payer pour… avoir le droit de s’asseoir

Gwendoline ajoute un détail qui dit beaucoup : dans certaines écoles, il faut payer un montant annuel juste pour que l’enfant puisse manger sur place, indépendamment du contenu de la boîte à tartines.

C’est un symbole fort : même rester à table devient conditionnel.

Voyages scolaires : pression, honte, double peine

Les voyages sont décrits comme un outil de socialisation… qui peut devenir un mécanisme de tri :

  • annonces dès la rentrée, pression collective

  • prix qui montent (jusqu’à plusieurs centaines d’euros)

  • si l’enfant ne part pas : il reste à l’école, parfois “déplacé” avec d’autres classes
    → double peine, et parfois triple : l’enfant sait, les autres savent, le parent se tait.

“Dire ‘je ne sais pas payer’, c’est dégradant.”

La crèche : “le combat commence quand on est enceinte”

La discussion rappelle que la précarité ne commence pas à l’école : elle commence dès la petite enfance.

Gwendoline décrit :

  • des listes d’attente longues

  • la nécessité de bricoler (famille, marraine, congé parental, arrangements d’horaires)

  • le risque réel de perdre un emploi faute de solution de garde

Et quand on n’a pas de famille proche : la marge de manœuvre tombe à zéro.

“On nous demande de reprendre le boulot quand l’enfant a trois mois… on fait comment ?”

Ligue des Familles : “La gratuité scolaire est un droit… mais pas une réalité”

En fin d’émission, Merlin Guévers (Ligue des Familles) replace le débat dans un cadre plus politique : l’école est un service public, censé être financé par la solidarité via l’impôt, pas par des factures à répétition.

Son message principal :

  • la gratuité scolaire est un principe fondamental

  • mais en pratique, les familles paient, et beaucoup n’y arrivent pas

  • et quand on “compense” par des activités de financement, cela creuse encore les écarts entre écoles

Autrement dit : une école qui manque de moyens finit par dépendre des moyens… des parents.

Ce que cette émission nous laisse : une phrase, une évidence, un choix de société

Cette séance “Droits de l’enfant” le dit sans détour : quand l’école coûte, l’égalité recule.
Et quand on recule sur des piliers aussi basiques qu’un repas, une garderie, une fourniture scolaire, ce ne sont pas des “petits ajustements”. Ce sont des droits qui deviennent optionnels.

La conclusion, elle, tient dans une idée simple :

  • l’égalité, ce n’est pas donner la même chose à tout le monde

  • c’est garantir l’égalité des chances

  • et donc protéger davantage ceux qui partent avec moins

Écouter le podcast

Retrouve l’épisode complet “Viva les droits – Droits de l’enfant”

Laurent Frémal

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